RDC : Les légendes de la rumba frappent à la porte du gouvernement pour réclamer leurs droits

 

Bozi Boziana, Lita Bembo, Mbilia Bel, Faya Tess, Papy Tex et d’autres icônes de la musique congolaise ont rencontré la Première ministre Judith Suminwa ce jeudi 6 août à Kinshasa. Leur message est sans appel : il est temps que l’État accompagne enfin les artistes, en commençant par une réforme urgente du système des droits d’auteur.

Ils ont fait vibrer des stades entiers. Leurs chansons sont des hymnes qui traversent les générations. Mais derrière la gloire, la réalité est souvent cruelle. Ce jeudi, une délégation de vétérans de la rumba congolaise – parmi lesquels Bozi Boziana, Lita Bembo, Mbilia Bel, Faya Tess, Papy Tex, Jeannot Bombenga, Gina Ifonge, Souzy Kaseya, Djuna Mumbafu et Godé Lofombo Bass – a interpellé la cheffe du gouvernement pour dénoncer une situation devenue intenable.

Leur requête : un accompagnement accru de l’État, et surtout, une refonte en profondeur du système de gestion des droits d’auteur qui, depuis des années, les laisse dans une précarité indigne de leur apport à la culture congolaise.

Une machine grippée : la Socoda au cœur du scandale

La colère des artistes n’est pas nouvelle. La Société congolaise des droits d’auteur et des droits voisins (Socoda) est engluée dans une crise chronique qui empoisonne le quotidien des créateurs. La gestion du droit d’auteur en RDC est « bancale », dénoncent-ils, avec des redevances versées « par forfait » sans lien avec l’exploitation réelle des œuvres.

Ajoutez à cela un conflit de leadership persistant entre deux ailes rivales – l’une dirigée par Blaise Bula, l’autre par Jossart Nyoka Longo – et des accusations récurrentes de détournements de fonds. Résultat : des artistes qui ont fait la fierté du pays meurent parfois dans l’indifférence, sans avoir pu vivre décemment de leur art.

« Sinon, nos artistes continueront de mourir pauvres », alertait récemment Lolo Mutima, président du Collectif des producteurs congolais des musiques.

Une lueur d’espoir venue d’en haut

Face à ce marasme, une annonce du président Félix Tshisekedi, en décembre 2025, a redonné espoir : la création d’une nouvelle société publique de gestion des droits d’auteur. Une décision qui, si elle se concrétise, pourrait enfin mettre un terme aux dérives et instaurer une transparence tant attendue.

La démarche des légendes de la rumba auprès de la Première ministre s’inscrit dans cette dynamique. En venant frapper directement à la porte du gouvernement, elles entendent accélérer le processus et rappeler que la question n’est pas seulement technique, mais humaine.

Cette rencontre, à la veille de la grande soirée Nuit des Légendes de la Rumba prévue ce samedi 7 août à Kinshasa, résonne comme un symbole. Elle rappelle que les artistes congolais, qu’ils soient vétérans ou jeunes talents, partagent le même combat : celui de la reconnaissance et de la dignité.

En se mobilisant collectivement, Bozi Boziana, Lita Bembo et leurs pairs ne défendent pas seulement leurs propres intérêts. Ils ouvrent la voie à une nouvelle génération d’artistes qui, demain, pourront vivre de leur passion sans avoir à mendier ce qui leur est dû.

« La culture congolaise est notre fierté nationale. Elle mérite un cadre à la hauteur de son génie créateur », ont-ils fait savoir, implicitement, à travers leur démarche.

Reste à savoir si le gouvernement répondra à cet appel. Les artistes, eux, ont fait le premier pas. Et ils ne comptent pas s’arrêter là.

Par Cherif Keita

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