Togo : l’arrestation de deux journalistes français relance les tensions entre Paris et Lomé
Les deux réalisateurs, dont le reportage devait être diffusé sur France Télévisions, sont placés en détention provisoire depuis le 27 juillet. Le Quai d’Orsay assure suivre l’affaire de près.
L’affaire prend une tournure diplomatique. Deux citoyens français, présentés par la presse locale comme des journalistes-réalisateurs, sont incarcérés au Togo depuis la fin du mois de juillet, a reconnu mardi le ministère français des Affaires étrangères. Une information judiciaire a été ouverte par un juge d’instruction togolais, sans que les chefs d’accusation précis n’aient été officiellement divulgués.
Si le Quai d’Orsay reste discret sur les motifs de cette détention, il assure que les deux hommes ont bénéficié de trois visites consulaires et que « tous les services sont mobilisés » pour garantir le respect de leurs droits et la transparence de leur procédure.
Cette interpellation survient dans un climat déjà tendu entre les autorités togolaises et les médias français. Depuis juin 2025, RFI et France 24 sont suspendus d’antenne, les autorités leur reprochant d’avoir diffusé des informations jugées « inexactes et tendancieuses » lors de la vague de contestation populaire qui a secoué le pays au printemps. Une suspension toujours en vigueur, selon des sources locales.
Le Togo, dirigé d’une main ferme par Faure Gnassingbé – au pouvoir depuis 2005 – reste un régime où la parole critique est étroitement surveillée. Le pays, qui a instauré l’état d’urgence dans le nord face aux incursions djihadistes en provenance du Burkina Faso, figure à la 97ᵉ place du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.
Une diplomatie française en alerte
En avril dernier, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s’était rendu à Lomé pour un déplacement inédit depuis dix ans. Il avait alors évoqué la suspension des médias français auprès des autorités togolaises, sans obtenir de résultat tangible.
L’arrestation des deux journalistes, dont le travail était destiné à France Télévisions, pourrait raviver les tensions entre Paris et Lomé, d’autant qu’un précédent similaire avait déjà eu lieu : un autre Français avait été libéré en janvier après huit mois de détention, dans des conditions restées floues.
Alors que les droits de la défense sont officiellement garantis, les observateurs s’interrogent : s’agit-il d’une simple procédure judiciaire ou d’une pression politique déguisée ? La réponse viendra peut-être des prochaines semaines, alors que la France suit cette affaire de très près.
Par Cherif Keita

