RDC : quand l’insécurité prive les populations de l’est de l’aide humanitaire

 

Hôpitaux pris pour cible, soignants menacés, convois bloqués. Dans l’est de la République démocratique du Congo, les organisations humanitaires peinent de plus en plus à accomplir leur mission. Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) sonne l’alarme.

Dans l’est de la RDC, venir en aide aux populations est devenu un parcours d’obstacles. Les équipes humanitaires sont menacées, les structures de santé attaquées, et les convois de secours empêchés de circuler. Une situation qui prive des milliers de personnes d’un accès déjà fragile aux soins et à l’assistance.

Mwenga, symbole d’une aide entravée

Le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu, incarne ces difficultés. Le 1er mai 2026, dix membres de Médecins sans frontières (MSF) ont été menacés à Kalambi alors qu’ils menaient une mission d’évaluation sanitaire. Pris au milieu de tirs échangés par des hommes armés, ils ont été temporairement bloqués avant de pouvoir rentrer sains et saufs à Bukavu.

Les conséquences n’ont pas tardé. MSF a suspendu ses activités à Mwenga-centre et renoncé à se déployer vers Kamituga et Kitutu. « Nos équipes ne devraient pas avoir à risquer leur vie en apportant une aide médicale et humanitaire pourtant indispensable », a déclaré Julia Garcia Zamora, coordinatrice de MSF au Sud-Kivu.

Trente-et-une violations documentées en six mois

Entre janvier et juin 2026, le BCNUDH a recensé 31 violations du droit international humanitaire. Ce bilan comprend dix attaques contre des hôpitaux, dix-sept attaques visant des personnes protégées, une attaque contre une école et trois contre des sites protégés.

À ces violences s’ajoutent d’autres entraves : barrières illégales, restrictions de circulation, taxation de l’aide humanitaire et lourdeur des autorisations administratives. « Dans un contexte de baisse des financements, chaque mission annulée retarde les soins et l’assistance destinés aux populations affectées par le conflit », alerte un responsable d’ONG.

 

Ces obstacles s’inscrivent dans un climat de violences persistantes. Le rapport semestriel du BCNUDH fait état de 6 201 violations des droits humains et du droit international humanitaire entre le 1er juin 2025 et le 31 mai 2026, soit une hausse de 18 % par rapport à la période précédente.

La riposte contre l’épidémie d’Ebola, déclarée en mai 2026, est elle aussi directement touchée. En août 2026, le centre de traitement Ebola de Mongbwalu a été incendié, tout comme le dispensaire Bethesda à Katwa. Le centre hospitalier Bora Maisha à Butembo a, lui, été attaqué à deux reprises en onze jours.

Face à l’incident de Mwenga, la société civile du Sud-Kivu a dénoncé des « actes de barbarie » et exigé la cessation immédiate de toute attaque contre les acteurs humanitaires. Elle réclame l’ouverture d’enquêtes indépendantes, la garantie d’un accès humanitaire sûr et sans entrave, ainsi que l’implication urgente des autorités nationales et des partenaires internationaux.

MSF rappelle pour sa part que dix ans après l’adoption de la résolution 2286 du Conseil de sécurité de l’ONU sur la protection du personnel médical et humanitaire, les hôpitaux, ambulances, patients et soignants continuent d’être attaqués dans les conflits à travers le monde, y compris dans l’est de la RDC.

Par Jérôme Wailifu 

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