Afrique : Tensions diplomatiques entre Accra et Pretoria : le Ghana annule la visite de Ramaphosa après la mort d’un citoyen

 

Le gouvernement ghanéen a officiellement décliné une visite d’État que le président sud-africain Cyril Ramaphosa devait effectuer début août, en réaction au meurtre d’un ressortissant ghanéen lors de manifestations anti-immigrés et aux tensions persistantes concernant la sécurité de ses citoyens en Afrique du Sud .

L’incident à l’origine de cette crise diplomatique a eu lieu le 30 juin 2026 à Khayelitsha, township du Cap, où Bashiru Isak, un tailleur ghanéen de 40 ans installé en Afrique du Sud depuis une vingtaine d’années, a été abattu dans son atelier. Selon les autorités ghanéennes, le meurtre a été commis lors de violentes manifestations anti-étrangers, qualifiées d’« acte de violence insensé » par le ministère ghanéen des Affaires étrangères .

Position ferme d’Accra et déni de Pretoria

Accra a immédiatement réagi par une protestation officielle formelle auprès des autorités sud-africaines, exigeant une « enquête complète, transparente et accélérée » sur la mort de M. Isak, ainsi que le renforcement des mesures de protection pour tous les Ghanéens résidant en Afrique du Sud . Le gouvernement ghanéen a également annoncé le rapatriement de la dépouille du défunt .

La réponse de Pretoria a toutefois exacerbé la tension. Les autorités sud-africaines ont fermement contesté la version des faits avancée par le Ghana, qualifiant les accusations de « factuellement incorrectes » et de « non fondées sur des faits ». La ministre sud-africaine de la Justice, Mmamoloko Kubayi, a déploré la diffusion d’« informations fausses perpétuant le récit erroné selon lequel l’Afrique du Sud serait xénophobe » . La police sud-africaine affirme n’avoir aucun enregistrement de meurtre à Khayelitsha ce jour-là et évoque plutôt la piste d’un crime lié à l’extorsion dans un autre quartier .

Si le meurtre de Bashiru Isak a été le facteur déclenchant, la décision du Ghana de suspendre la visite présidentielle repose sur un contexte plus large de violences récurrentes. Plusieurs sources diplomatiques indiquent qu’Accra jugeait « inapproprié » de procéder à un engagement diplomatique de ce niveau alors que près de 1 000 Ghanéens ont déjà été rapatriés et que plus de 900 autres se sont enregistrés pour être évacués, craignant pour leur sécurité .

Par ailleurs, le gouvernement ghanéen était préoccupé par les implications sécuritaires d’une visite du président Ramaphosa, les tensions actuelles risquant de susciter un sentiment hostile au sein de la population .

Une relation historique mise à l’épreuve

Cette crise intervient alors que des groupes anti-immigrés sud-africains avaient fixé le 30 juin comme date limite pour le départ des étrangers en situation irrégulière, entraînant des manifestations massives à travers le pays et environ 900 arrestations, principalement pour infractions liées à l’immigration . Le Ghana, qui avait hébergé des militants anti-apartheid sud-africains en exil, rappelle ses liens historiques forts avec l’Afrique du Sud, tout en insistant sur ses obligations internationales en matière de protection des étrangers sur son territoire .

La polémique s’est envenimée avec des divergences sur l’identité même de la victime. Le Haut-Commissaire ghanéen en Afrique du Sud, Benjamin Anani Quashie, a dû clarifier que la police sud-africaine avait initialement identifié à tort la victime comme étant Kwabena Boakye, âgé de 35 ans. Il a précisé que le meurtre a bien eu lieu dans une zone relevant de la municipalité de Khayelitsha .

Au-delà des protestations bilatérales, le Ghana a confirmé avoir soumis une pétition à la Commission de l’Union africaine concernant les attaques xénophobes en Afrique du Sud, demandant que cette question soit traitée de toute urgence lors de la prochaine réunion statutaire .

La visite présidentielle sud-africaine, qui devait initialement servir à renforcer les relations bilatérales en matière de commerce, d’investissement et de coopération régionale, reste donc suspendue jusqu’à ce qu’Accra obtienne des garanties claires sur la sécurité de ses ressortissants .

Par Rodrigue Izumo

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