Burkina Faso: « Ils jouaient sous l’arbre » : le dernier jeu de deux jumeaux de 4 ans, emportés par un trou d’WC caché par les eaux

Leur rire résonnait encore sous l’arbre du quartier, ce jour-là. Quelques minutes plus tard, il s’est éteint à jamais. Dans le secteur 02 de Kibou, à Yako, une famille pleure deux anges : des jumeaux âgés de 4 ans, un garçon et une fille, tombés dans un trou de WC que les eaux de pluie avaient rendu invisible. Une tragédie qui soulève l’indicible.

C’était un après-midi comme tant d’autres. Après les fortes pluies qui se sont abattues sur la province du Passoré, l’eau avait tout envahi. Le sol, détrempé, avait effacé les repères. Et ce trou, creusé depuis longtemps, mal fermé, mal condamné, était devenu un piège mortel sous les flaques stagnantes.

Les deux enfants, insouciants, jouaient sous leur arbre préféré. Leur seul tort : avoir couru là où le regard ne voyait rien. L’eau avait tout lissé, tout caché. En quelques secondes, la terre a englouti leur légèreté.

Un corps aperçu flottant, un cri qui déchire le silence

C’est un voisin qui a vu l’horreur en premier. Un petit corps flottant, immobile. Il a crié. D’autres sont accourus. La scène a figé les cœurs. Dans la panique, quelqu’un a alerté la famille. Mais il n’y avait plus rien à faire. Le garçon et la fille étaient déjà partis, ensemble comme ils étaient venus au monde.

Dans le quartier, ce sont des cris, des larmes, des poings serrés contre le ciel. Une mère s’effondre. Un père reste muet, les yeux vides. Les voisins se tiennent par la main, impuissants devant ce trou devenu tombeau.

« Pourquoi eux ? Pourquoi si petits ? » répète une femme en pleurs, les bras ballants.

Un drame qui aurait pu être évité

Sur place, la dalle en béton était là. À quelques pas. Mais personne ne l’avait posée. Personne n’avait sécurisé cet ouvrage. Alors les eaux sont venues, et le drame avec elles.

Les habitants de Kibou, encore sous le choc, ne cachent pas leur colère et leur chagrin mêlés. « Nos enfants jouent partout. On ne peut pas les surveiller chaque seconde. Mais on peut sécuriser ce qui tue. Un couvercle. Une condamnation. Rien que ça. Et deux vies auraient été sauvées. »

Yako en deuil, un appel à ne pas oublier

Ce soir-là, dans le secteur 02, personne ne dort. On se serre, on prie, on pleure en silence. Les deux cercueils blancs sont trop petits. Beaucoup trop petits. Et sous l’arbre, il n’y a plus personne. Seulement l’eau qui se retire lentement, comme honteuse.

Les autorités sont attendues sur place. Non pour des discours, mais pour des actes. Les parents éplorés, eux, ne réclament rien d’autre que ce que personne ne pourra jamais leur rendre : les rires de leurs jumeaux.

Qu’Allah accueille ces deux âmes pures dans Son paradis éternel et donne à cette famille une force qu’elle n’aurait jamais dû avoir à chercher.

 

Par Francis Kaboré 

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