Soudan du Sud : les journalistes locaux enfin autorisés à interviewer le président Kiir, une avancée pour la liberté de la presse ?

 

Le bureau du président sud-soudanais a annoncé que les journalistes locaux peuvent désormais solliciter des entretiens avec Salva Kiir Mayardit, une décision qui intervient après des critiques sur le manque d’accès des médias nationaux au chef de l’État. Une invitation qui soulève des questions sur la confiance du gouvernement envers la presse locale, à l’approche des élections.

Une brèche s’ouvre dans les relations entre le pouvoir et les médias au Soudan du Sud. Le bureau du président Salva Kiir Mayardit a officiellement invité les journalistes locaux à soumettre des demandes formelles pour interviewer le chef de l’État. Une annonce qui, en apparence, semble anodine, mais qui, dans un pays où la liberté de la presse reste fragile, prend une dimension particulière.

L’initiative a été lancée par Arek Aldo Deng, secrétaire de presse présidentielle, en réponse à une question posée par la journaliste de la SSBC (South Sudan Broadcasting Corporation), Nyandur Machar. Celle-ci s’interrogeait sur le fait que des journalistes étrangers aient eu un accès privilégié au président, tandis que les médias sud-soudanais étaient tenus à distance. Une interrogation légitime, à quelques mois d’élections cruciales pour l’avenir du pays.

« Un manque de relation, pas un manque de confiance »

« Ce n’est pas un manque de confiance, mais un manque de relation », a déclaré Arek Aldo Deng, tentant de dissiper les soupçons. Une formule qui, pour certains observateurs, semble bien légère face à la défiance chronique qui caractérise les rapports entre les autorités et la presse locale. La secrétaire de presse a toutefois tenu à rassurer : aucune demande d’interview avec le président n’aurait été reçue depuis son entrée en fonction. « Quand les gens nous contactent de manière professionnelle, nous répondrons de manière professionnelle », a-t-elle ajouté.

Mais cette affirmation interroge. Les médias sud-soudanais ont-ils vraiment été dissuadés de solliciter un entretien, ou ont-ils simplement été ignorés ? La frontière est mince entre méconnaissance des procédures et volonté délibérée de tenir la presse à distance.

Le président parle arabe, anglais et langues locales

Arek Aldo Deng a également rappelé que le président Kiir est disposé à s’exprimer dans plusieurs langues, y compris l’arabe, l’anglais et diverses langues locales. Une manière de souligner l’accessibilité du chef de l’État, tout en appelant les journalistes à se conformer aux canaux officiels.

Quant aux récentes interviews accordées aux médias étrangers, la secrétaire de presse les a justifiées par une volonté de projeter l’histoire et la réalité du Soudan du Sud sur la scène internationale. « Ces reportages seront publiés mondialement dans les semaines à venir », a-t-elle précisé, ajoutant que ces initiatives incluaient des institutions gouvernementales au-delà de la présidence.

Un geste d’ouverture ou une manœuvre politique ?

À l’approche des élections, cette annonce apparaît comme une tentative de renouer le dialogue avec les médias locaux, souvent perçus comme des acteurs incontournables de la transparence électorale. Mais les journalistes sud-soudanais, qui évoluent dans un environnement parfois hostile, restent prudents. L’ouverture annoncée sera-t-elle suivie d’effets ? Les demandes d’interview seront-elles vraiment acceptées, ou faudra-t-il s’attendre à des reports, des annulations, des filtrages ?

La liberté de la presse au Soudan du Sud reste un combat quotidien. Cette annonce, saluée comme une avancée, ne doit pas masquer les défis persistants : intimidation des journalistes, censure, absence de protection légale. Le chemin vers une presse véritablement libre est encore long.

Arek Aldo Deng a exhorté les organisations médiatiques à saisir cette opportunité, en soumettant des demandes formelles. Une main tendue, certes, mais qui attend des réponses. Les journalistes sud-soudanais, eux, attendent de voir si cette main se refermera ou si elle restera ouverte.

En attendant, la presse locale tient son souffle. L’espoir d’un dialogue renouvelé avec le pouvoir est là, fragile mais présent. Et l’échéance électorale, elle, rappelle que le temps presse.

Par Issa Abdou 

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