Cameroun : 50 milliards pour une visite papale, la facture qui scandalise

 

Une révélation de Jeune Afrique secoue le débat public camerounais. Selon le magazine, la visite prochaine du pape au Cameroun coûterait à l’État près de 50 milliards de francs CFA. Un montant qui interpelle, alors que les besoins sociaux et structurels du pays restent immenses.

Entre ferveur religieuse, prestige diplomatique et urgences sociales criantes, cette dépense relance une question brûlante : celle des priorités de l’État camerounais.

50 milliards, un chiffre qui « frappe et dérange »

Invités à réagir, de nombreux observateurs et simples citoyens ne cachent pas leur stupeur. Cinquante milliards de francs CFA pour un événement ponctuel, dans un pays où l’accès à l’eau potable reste un défi quotidien pour des milliers de familles, où les hôpitaux manquent d’équipements de base et où certaines routes deviennent impraticables à la moindre pluie.

Bien sûr, rappellent les défenseurs de cette visite, l’arrivée d’un pape n’est pas un événement ordinaire. Elle porte une dimension spirituelle, diplomatique et symbolique forte. Elle peut renforcer l’image du pays, stimuler le tourisme religieux et offrir un moment d’unité nationale.

Mais ces bénéfices, aussi réels soient-ils, peuvent-ils justifier une telle dépense dans un contexte de ressources limitées ?

L’illusion des retombées et le malaise structurel

Plus troublant encore, l’argument des « retombées » avancé par certains responsables. On évoque notamment l’aménagement de routes à Yaoundé comme un acquis majeur de cette visite.

La chronique de Jephté Tchemedie, que nous relayons, pose une question incisive : « Faut-il vraiment attendre l’arrivée d’un hôte prestigieux pour réparer des voiries urbaines ? »

Ce raisonnement révèle, selon lui, une dérive profondément ancrée : celle d’un État qui n’agit que sous pression événementielle, et non par devoir structurel.

Dans d’autres contextes, notamment en Europe, les infrastructures ne sont pas conditionnées par des visites officielles. Elles répondent à une logique de service public permanent. Les routes sont entretenues parce qu’elles doivent l’être, pas parce qu’un dignitaire est attendu. Ce contraste met en lumière une forme de gouvernance que certains qualifient d’« opportuniste », où l’urgence politique supplante la planification.

Gouverner, c’est arbitrer

Au fond, la question n’est pas religieuse. Elle est politique et morale. Gouverner, c’est choisir entre ce qui est urgent et ce qui est essentiel.

Peut-on décemment investir des dizaines de milliards dans un événement ponctuel alors que les besoins structurels restent criants ? Peut-on parler de développement lorsque les investissements semblent dictés par le calendrier des visites officielles ?

Un appel à sortir de la « logique de vitrine »

Cette situation appelle, selon la chronique, à un sursaut. Il est temps de sortir de cette logique de vitrine, où l’on embellit le pays pour quelques jours, avant de replonger dans les mêmes carences.

Le Cameroun mérite mieux qu’un développement de circonstance. Il mérite une vision, une constance, et surtout, un sens des priorités.

Car au-delà des chiffres, conclut l’auteur, c’est une question de respect envers les citoyens. Respect de leurs besoins, de leur dignité, et de leur quotidien. Et cela, aucune visite, aussi prestigieuse soit-elle, ne devrait le faire oublier.

Le gouvernement camerounais a-t-il réagi ?

À l’heure où nous écrivons, aucune réaction officielle du gouvernement camerounais n’a été communiquée concernant le montant évoqué par Jeune Afrique. Le débat, lui, est déjà bien lancé sur les réseaux sociaux et dans les médias.

Par Jérôme Wailifu 

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