Cameroun : Le Colonel El Hadj Hamad Kalkaba Malboum rejoint son Créateur, Larmes et prières au cimetière musulman de Yaoundé
Il faisait doux ce mercredi. Un ciel clair, presque serein, comme si l’azur lui-même voulait accompagner une âme vers son ultime voyage. Au cimetière musulman de Nkolfoupou, dans la banlieue de la capitale, des centaines de cœurs se sont serrés. Des yeux ont pleuré. Des mains se sont levées vers le ciel. Le Colonel El Hadj Hamad Kalkaba Malboum n’est plus. Il repose désormais sous la terre fraîche, entouré de l’amour des siens et du respect de toute une nation.
C’est dans un recueillement absolu que la dépouille de cet officier supérieur de gendarmerie a été confiée à sa dernière demeure. Autour de la fosse, des visages marqués par le chagrin. Des hommes en uniforme, droits comme des falaises, mais les traits tirés par l’émotion. Des personnalités d’État, venues non pas par devoir, mais par estime sincère pour l’homme qu’ils ont connu, estimé, parfois aimé .
Il y avait dans l’air une gravité douce, celle des grands adieux. Les prières funéraires (Salat al-Janaza) ont été récitées en chœur, portées par une foi inébranlable. Puis le corps a glissé lentement dans la terre. Une poignée de terre. Une dernière fois. Et le silence.
Un destin hors du commun
Pour comprendre l’ampleur de la perte, il faut regarder le chemin parcouru par cet homme parti de rien. Né le 11 novembre 1950 à Kawadji, un petit village proche de Kousséri, dans l’Extrême-Nord du Cameroun, Hamad Kalkaba Malboum était un fils du Sahel . Il a grandi au bord du fleuve Chari, là où le Cameroun regarde le Tchad. Rien ne le prédestinait à devenir l’un des Camerounais les plus influents de sa génération.
Sa carrière commence sous l’uniforme. En 1969, il est appelé sous les drapeaux. Trois ans plus tard, il sort officier de l’École militaire de Yaoundé. Il gravit patiemment les échelons, fréquente l’École de gendarmerie, puis l’École d’état-major. Au terme d’une carrière exemplaire, il atteint le grade de Colonel. Un soldat, mais un soldat pas comme les autres .
Parce que Kalkaba avait un autre feu en lui : le sport. Dans les années 1970, il porte les couleurs du Cameroun sur les pistes d’athlétisme. Il court le 100 mètres, le 200 mètres, saute en longueur. Il est membre du relais 4 × 100 mètres national. Un athlète de haut niveau, avant même de devenir dirigeant . Il jouait aussi au handball, avec la même passion.
C’est pourtant dans les bureaux qu’il va marquer l’histoire. Dès 1990, il prend la tête du Comité National Olympique et Sportif du Cameroun (CNOSC). Il y restera près de quatre décennies, imposant une stabilité rare dans le sport africain . En 2003, il succède à Lamine Diack à la présidence de la Confédération Africaine d’Athlétisme (CAA). Il a été réélu à ce poste en janvier 2023, avec plus de 82 % des voix. Une confiance sans faille .
Son influence dépasse largement le continent. Il siège au Conseil de World Athletics (l’instance mondiale de l’athlétisme) depuis 2007, aux côtés de Sebastian Coe. Il est membre de la Commission Sport et Environnement du CIO. Il a présidé l’Organisation du sport militaire en Afrique. En octobre 2024, il est élu à la tête de la toute nouvelle Association des Confédérations Africaines des Sports Olympiques (CASOL) . Un couronnement.
L’homme aux trois vies
Mais ce que ses fonctions officielles ne disent pas, c’est que Kalkaba était aussi un artiste. Dans les années 1970, alors que la jeunesse camerounaise bouge, il forme avec des amis musiciens un groupe mythique : The Golden Sounds . Lui joue, compose. Son univers ? Mêler les rythmes traditionnels du Nord-Cameroun aux synthétiseurs et aux guitares électriques. Une révolution discrète mais audacieuse.
En 1971, le groupe sort un 45 tours intitulé Nord-Cameroun Rhythms, avec des titres comme Lamido et Astadjam Dada Sare, écrits par lui . Des décennies plus tard, en 2017, le label allemand Analog Africa réédite son œuvre sous le nom Hamad Kalkaba and The Golden Sounds 1974-1975, faisant découvrir au monde entier ce militaire pas comme les autres . Sebastian Coe, le président de World Athletics, l’a rappelé dans son hommage : « Un homme qui a exploré toutes les opportunités – militaire, sportif, musicien, homme d’affaires » .
Colonel, dirigeant sportif de stature mondiale, musicien visionnaire. Kalkaba Malboum a eu trois vies en une. Issu d’un petit village du Grand Nord, il a su, par le travail, la discipline, mais aussi par une forme de douceur et de dignité silencieuse, conquérir les plus hautes sphères sans jamais renier ses racines. Il aimait à rappeler que ses valeurs – respect, courage, discipline – lui venaient de sa culture musgum, de l’école, de l’armée et du sport. « Si on gère bien son parcours, on ne peut que réussir », disait-il .
Pour sa famille, pour son épouse, pour ses enfants désormais orphelins de ce père présent et discret, le vide est immense. Comment dire au revoir à celui qui était un pilier ? Comment continuer quand une partie de vous s’en va pour toujours ? À eux, nous adressons nos condoléances les plus profondes, les plus sincères, les plus douloureuses. Que la chaleur des frères et des sœurs, que la présence de la communauté, apaisent un tout petit peu leur chagrin immense.
Et puis, il y a l’espérance. Celle que seule la foi peut offrir. Nous prions Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Clément, de couvrir le Colonel El Hadj Hamad Kalkaba Malboum de Son pardon infini. D’effacer ses manquements par la profondeur de Sa grâce. De l’accueillir dans Son Paradis éternel, là où il n’y a ni souffrance, ni séparation, ni tristesse.
Ô Seigneur, accorde-lui Ta miséricorde. Fais briller sur sa tombe une lumière venue de Toi. Et donne à ceux qui l’aiment la patience et la force d’accepter Ton décret.
Amine, Seigneur des mondes.
Reposez en paix, Colonel. La terre camerounaise veille sur vous. Et nos cœurs vous gardent.
Par Georges Domo

