Haïti : L’enfer silencieux de Cité Soleil – Quand les gangs poussent tout un peuple à l’exil

Ils fuient. Ils courent. Ils rampent parfois. Depuis des semaines, des centaines d’habitants de Cité Soleil, l’un des quartiers les plus pauvres et les plus densément peuplés de Port-au-Prince, abandonnent tout pour sauver leur peau. Derrière eux : un décor de fin du monde. Devant eux : le vide, l’incertitude, et souvent, un simple commissariat pour seul abri.

Selon des informations confirmées par nos confrères d’ Al Jazeera et Associated Press (AP), le quartier s’est mué en champ de bataille. Les gangs armés qui contrôlent une grande partie de la capitale haïtienne s’affrontent sans répit. Des rafales d’armes automatiques. Des cadavres dans les caniveaux. Des véhicules calcinés en travers des rues. La vie y est devenue impossible.

Les images qui parviennent des journalistes sur place sont insoutenables. Des hommes, des femmes, des enfants, parfois âgés de quelques mois, marchent pieds nus sur des débris. Certains tiennent à la main un unique sac en plastique contenant tout ce qui leur reste au monde. D’autres s’agenouillent devant les blindés de la police, les mains jointes, implorant une protection que l’État peine à offrir.

Car la police haïtienne, bien qu’elle affirme avoir légèrement réduit l’emprise des gangs dans certains secteurs, reste démunie face à l’ampleur du chaos. Depuis 2021, la terreur est le quotidien des habitants de Cité Soleil. Les tirs, les enlèvements, les viols, les exécutions sommaires. Une litanie d’horreurs que la communauté internationale regarde, impuissante ou indifférente.

Pourtant, paradoxalement, chaque apparition d’une patrouille policière suscite une joie presque hystérique chez les résidents. Ils applaudissent, pleurent, crient leur reconnaissance. Comme si ce maigre symbole d’autorité pouvait encore les sauver du pire.

Mais la réalité est plus sombre. Aujourd’hui, des centaines de déplacés – des enfants pour la plupart – s’entassent dans des commissariats transformés en camps de fortune. Entassés les uns sur les autres, sans nourriture suffisante, sans eau potable, sans soins médicaux. Une bombe humanitaire à retardement.

Cité Soleil n’est plus un quartier. C’est un tombeau à ciel ouvert. C’est le symbole d’un État haïtien à l’agonie, incapable de protéger les siens. C’est enfin un rappel brutal : l’urgence n’est plus à la parole. Elle est à l’action.

Sous les décombres de Port-au-Prince, des milliers de vies attendent encore qu’on les sauve. Avant qu’il ne soit trop tard.

Par Issa Abdou 

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