Canada: la terre d’accueil mise à nu : discrimination, précarité migratoire et justice à deux vitesses
Malgré une réputation internationale de nation ouverte et progressiste, le Canada se retrouve régulièrement épinglé pour ses traitements réservés aux personnes noires, autochtones et migrantes. Le rapport annuel 2025 d’Amnesty International dresse un tableau alarmant de pratiques discriminatoires persistantes, voire aggravées, allant de la surreprésentation des Noirs dans le système pénal à des restrictions d’accès aux soins pour les personnes en situation irrégulière.
Discrimination systémique dans la justice canadienne
Selon Amnesty International, les personnes noires continuent de faire face à des traitements inéquitables au sein du système de justice pénale du Canada.
L’ONG souligne plusieurs points critiques :
· Surreprésentation carcérale : les personnes noires sont incarcérées de manière disproportionnée par rapport à leur poids démographique.
· Préjugés sur la réinsertion : leur potentiel de réinsertion est souvent jugé faible « sans raison valable », alors même que leur taux de récidive est inférieur à celui du reste de la population.
· Discrimination envers les Autochtones : le taux d’incarcération des personnes autochtones, notamment des femmes, reste « disproportionné ».
Face à ces constats, le gouvernement fédéral a publié en février et mars 2025 son plan de mise en œuvre de la Stratégie canadienne en matière de justice pour les personnes noires, ainsi qu’une Stratégie en matière de justice autochtone.
Mais Amnesty regrette que « les modalités de la stratégie en matière de justice autochtone n’étaient pas encore établies », laissant craindre un effet d’annonce plus qu’une réelle transformation structurelle.
Restrictions migratoires et précarité volontaire
Dans un objectif affiché de réduire le nombre de migrants sur son territoire, Ottawa a imposé plusieurs restrictions :
· Diminution des travailleurs migrants : réduction des contingents et raccourcissement de la durée des visas, rendant le statut des personnes concernées « encore plus précaire ».
· Fermeture du programme spécial pour Gaza : le visa de résident au titre de mesures spéciales pour les membres de la famille élargie de ressortissants gazaouis a été fermé aux nouvelles demandes dès mars 2025.
· Refus massif de demandes d’asile palestiniennes : sur plus de 5 000 demandes formulées par des Palestiniens fuyant le régime israélien, seulement 1 000 auraient été acceptées. Parmi les bénéficiaires, beaucoup n’ont pu accéder à l’éducation, au logement, aux soins médicaux ou au soutien en santé mentale.
Droit à la santé bafoué : une violation internationale
L’un des constats les plus graves du rapport concerne le droit aux soins médicaux :
« Les autorités canadiennes ont continué de priver les personnes en situation irrégulière d’accès à des soins médicaux essentiels, en violation d’une décision rendue par le comité des droits de l’homme (ONU). »
Ainsi, un migrant sans papiers ne peut bénéficier d’aucune prise en charge médicale ni assurance santé, ce qui contrevient au droit humanitaire international.
Amnesty International souligne que cette vulnérabilité extrême expose ces personnes à des risques accrus, y compris celui de se tourner vers le travail sexuel pour survivre, faute de ressources légales et de protections sociales.
Racisme au-delà de la couleur de peau : le cas des Palestiniens
Le rapport élargit son analyse au-delà de la question de la race noire. Il montre que d’autres groupes racisés ou persécutés, comme les Palestiniens, subissent également des restrictions sévères.
Le faible taux d’acceptation des demandes d’asile (moins de 20 %), couplé aux obstacles administratifs et à l’absence d’aide à l’intégration, constitue selon l’ONG une forme de discrimination indirecte fondée sur l’origine nationale et l’ethnie.
Malgré des engagements officiels répétés et la publication de stratégies gouvernementales, le Canada semble peiner à traduire ses déclarations en actes concrets. Entre stratégies de justice non encore opérationnelles, restrictions migratoires assumées et violations du droit à la santé, le pays s’expose à des critiques internationales croissantes.
Pour Amnesty International, la bonne foi affichée par Ottawa ne saurait masquer une réalité persistante : celle d’un système où la couleur de peau, le statut migratoire ou l’origine ethnique continuent de déterminer l’accès aux droits fondamentaux.
Par Frédéric Konaté

