Centrafrique : l’ex-président Bozizé jugé par contumace pour crimes contre l’humanité

 

La Cour pénale spéciale (CPS) de Centrafrique ouvre ce mardi 16 juin le procès historique de l’ancien chef de l’État François Bozizé, poursuivi pour des crimes contre l’humanité présumés commis entre 2009 et 2013. Absent des bancs des accusés, l’ex-président vit en exil en Guinée-Bissau depuis deux ans.

L’affaire, dite « de Bossembélé », du nom d’une localité du centre du pays, porte sur les agissements de la garde prétorienne de M. Bozizé. Durant plus de quatre ans, des éléments de cette unité d’élite et d’autres services de sécurité sont soupçonnés d’avoir perpétré des meurtres, des tortures, des viols, des disparitions forcées et d’autres actes inhumains au sein d’une prison civile et d’un camp militaire.

Trois anciens hauts responsables militaires, Eugène Barret Ngaïkosset, Vianney Semndiro et Firmin Junior Danboy, comparaissent eux en détention préventive. En février 2024, la CPS avait émis un mandat d’arrêt international contre François Bozizé, estimant qu’il existait « des indices graves et concordants » engageant sa responsabilité en tant que supérieur hiérarchique et chef militaire.

Un parcours tumultueux au cœur des crises centrafricaines

Arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2003, François Bozizé avait dirigé le pays pendant près d’une décennie, élu en 2005 puis réélu en 2011. Son renversement en 2013 par la coalition rebelle Séléka, majoritairement musulmane, a plongé la Centrafrique dans une guerre civile dévastatrice. Des milices anti-balaka, dominées par des chrétiens et organisées par l’ex-président pour tenter de reconquérir le pouvoir, ont répliqué, faisant des milliers de victimes civiles.

Déjà condamné en septembre 2022 aux travaux forcés à perpétuité pour « complot » et « rébellion » en tant que chef de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), l’ancien président avait finalement pris le chemin de l’exil, d’abord au Tchad puis en Guinée-Bissau.

Une étape majeure pour la justice centrafricaine

Ce sixième procès de la CPS, juridiction hybride créée en 2015 sous l’égide de l’ONU pour juger les violations graves du droit international commises depuis 2003, revêt une importance particulière. Il illustre la volonté des autorités de traduire en justice les plus hauts responsables, y compris les anciens chefs d’État, même en leur absence. Un symbole fort pour les victimes, dans un pays où la mémoire des massacres reste vive.

Par Jérôme Wailifu 

Commentaires Facebook