Centrafrique : grève nationale des enseignants contractuels, cinq mois d’impayés

 

Le paysage éducatif centrafricain est perturbé ce lundi matin. Dans les vingt préfectures du pays, les enseignants contractuels ont observé un arrêt de travail massif pour réclamer le paiement de cinq mois d’arriérés de salaires. Une mobilisation sans précédent qui paralyse de nombreuses écoles sur l’ensemble du territoire.

Un mouvement d’ampleur nationale

De Bangui à la frontière soudanaise, en passant par Bossangoa, Bambari et Bangassou, les enseignants contractuels ont répondu présents à l’appel à la grève. Selon les syndicats, la mobilisation est « historique » et touche l’intégralité des vingt préfectures du pays.

« C’est une grève totale. Nous ne pouvons plus continuer à enseigner alors que nos enfants à la maison manquent de nourriture. Cela fait cinq longs mois que l’État ne nous a pas versé un seul franc CFA », dénonce un enseignant contractuel de l’école publique de Kombélé, à Bangui, joint par téléphone.

Cinq mois d’impayés, une situation intenable

Le cœur du mouvement repose sur des revendications salariales devenues urgentes. Les enseignants contractuels réclament le paiement immédiat de cinq mois d’arriérés de salaires, impayés par l’État centrafricain.

« Nous sommes en mai. Les salaires de janvier, février, mars, avril et bientôt mai sont toujours bloqués. Les enseignants contractuels, qui constituent pourtant l’épine dorsale du système éducatif, sont poussés à la mendicité. Beaux discours, mais aucune action concrète », fulmine  Djaka un représentant syndical

Les témoignages affluent de toutes les préfectures, décrivant des situations de détresse sociale. Certains enseignants affirment avoir dû retirer leurs enfants de l’école faute de moyens pour payer les fournitures. D’autres évoquent des dettes accumulées auprès des propriétaires et des commerçants.

Des classes vides, des parents inquiets

Ce lundi matin, de nombreuses écoles publiques affichaient portes closes. Quelques établissements tentaient tant bien que mal de fonctionner avec les seuls enseignants titulaires ou bénévoles, mais l’apprentissage est gravement perturbé.

« Je suis venu déposer mon fils, mais la maîtresse n’est pas là. On nous a dit qu’ils étaient en grève. C’est inquiétant, mon enfant va perdre son année », se désole Mokom  un père de famille à l’entrée d’une école vide du 3ᵉ arrondissement de Bangui.

Les syndicats d’enseignants, qui avaient multiplié les mises en garde ces derniers mois, appellent maintenant le gouvernement à une solution rapide.

« Nous sommes prêts à négocier. Mais il faut du concret. Pas des promesses. Les enseignants contractuels sont fatigués d’être traités comme des citoyens de seconde zone. Notre patience a des limites », prévient un leader syndical.

Un secteur éducatif déjà fragilisé

La République centrafricaine, qui peine à se relever d’années de crise politico-militaire, compte sur son système éducatif pour former les futures générations. Mais les départs répétés d’enseignants contractuels, non remplacés faute de moyens, ainsi que les grèves à répétition, fragilisent une reconstruction déjà chaotique.

« Chaque jour de grève est une journée perdue pour nos enfants. Mais l’État doit comprendre que sans enseignants payés, il n’y a pas d’école. Et sans école, il n’y a pas d’avenir », conclut un enseignant, assis devant son école fermée, pancarte à la main.

Le mouvement est suivi de près par les organisations de défense des droits de l’homme. Une rencontre entre les syndicats et le ministère est attendue dans les prochaines heures pour tenter de dénouer cette crise sociale aux lourdes conséquences.

Par  Jean Wailifu 

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