Tchad « Les portes s’ouvrent, les artistes brillent par leur absence » Matibeye Geneviève sort de ses gonds

Dans un texte publié sur les réseaux sociaux, l’artiste Matibeye Geneviève a poussé un coup de gueule cinglant contre ses pairs. Selon elle, trop d’acteurs culturels réclament des opportunités mais brillent par leur absence lorsque celles-ci se présentent, notamment lors d’échanges professionnels organisés par deux festivals de renom : « Au cœur de l’art », porté par l’artiste internationale Mawdoe Célestin, et « New School Power », initié par le promoteur Kandé Djetein. Ces événements avaient pourtant invité des grands noms du secteur.

« Le linge sale se lave en famille. » C’est par cette formule que l’artiste Matibeye Geneviève a ouvert son réquisitoire, invitant la communauté artistique locale à une introspection nécessaire. Alors que les derniers invités venaient de partir, elle a choisi de briser le silence sur un mal qui, selon elle, ronge le dynamisme du secteur.

L’occasion était pourtant exceptionnelle. Le festival « Au cœur de l’art », porté par l’artiste internationale Mawdoe Célestin, et le festival « New School Power », initié par le promoteur Kandé Djetein, avaient déployé des moyens considérables pour faire venir des professionnels de haut vol : des grands artistes reconnus, des promoteurs influents, des managers expérimentés et des producteurs à même de débloquer des financements et des carrières.

Un plateau de choix, souligne Matibeye Geneviève, pour « grandir, apprendre et créer des connexions utiles pour notre secteur ». Ces rencontres étaient une occasion rare de tisser des liens directs avec des décideurs, de comprendre les attentes du marché et de se faire repérer par des acteurs clés de l’industrie culturelle.

Malheureusement, force est de constater l’échec de la mobilisation. « Certains ont choisi l’absence. C’est regrettable », déplore l’artiste, sans toutefois nommer directement les personnes visées. Un constat amer qui illustre une contradiction bien trop fréquente : celle d’artistes qui réclament sans cesse plus de visibilité, plus d’accompagnement et plus d’opportunités, mais qui ne se déplacent pas lorsque les portes s’ouvrent devant eux.

« Nous réclamons souvent plus d’opportunités, plus de visibilité, plus d’accompagnement. Mais encore faut-il être présents quand les portes s’ouvrent », insiste-t-elle.

Loin d’un simple règlement de comptes, Matibeye Geneviève appelle à une prise de conscience collective. Elle interpelle ses « chers collègues artistes » sur la nécessité de s’interroger sur les véritables causes des difficultés rencontrées par le milieu. Car, selon elle, le problème ne vient pas toujours du manque de moyens ou de structures d’accompagnement.

« Une carrière ne se construit pas dans l’improvisation ni dans l’attentisme, mais dans l’apprentissage, la discipline et la présence », martèle-t-elle.

Son message, conclu par les mots « L’avenir de notre scène dépend aussi de notre engagement collectif », résonne comme un avertissement. Alors que des festivals comme « Au cœur de l’art » (porté par Mawdoe Célestin) et « New School Power » (initié par Kandé Djetein) tentent de professionnaliser le secteur en invitant des décideurs de premier plan, des voix comme celle de Matibeye Geneviève rappellent une vérité inconfortable : aucune opportunité, aussi belle soit-elle, ne profite à ceux qui brillent par leur absence.

Un débat nécessaire s’ouvre désormais : l’absentéisme est-il le symptôme d’un manque de professionnalisme, ou la conséquence d’une précarité qui oblige les artistes à multiplier les activités alimentaires ? La question mérite d’être posée. En attendant, Matibeye Geneviève aura au moins eu le mérite de mettre les pieds dans le plat.

Par Kenzo Brown

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