Gabon: Visite d’État du président Oligui Nguema en France : les dossiers qui fâchent

 

Le chef de l’État gabonais est attendu ce lundi 20 juillet à Paris pour une visite de trois jours. Au cœur des discussions : la transformation locale du manganèse, l’avenir de la base militaire française à Libreville, et la volonté de Libreville de redéfinir son partenariat avec l’ancienne puissance coloniale.

Le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, effectue à partir de ce lundi 20 juillet une visite d’État de trois jours en France, à l’invitation de son homologue Emmanuel Macron. Cette visite, la deuxième depuis son arrivée au pouvoir en août 2023, s’annonce comme un moment clé pour les relations entre les deux pays.

Une visite officielle très attendue

Le président gabonais sera reçu avec tous les honneurs : un dîner de gala à l’Élysée, une cérémonie aux Invalides et un dépôt de gerbe sous l’Arc de Triomphe. Accompagné d’une délégation composée de chefs d’entreprise, de responsables politiques et de journalistes, il entend profiter de ce déplacement pour faire avancer plusieurs dossiers stratégiques.

Le manganèse, enjeu économique majeur

Premier dossier, et sans doute le plus important : la transformation locale du manganèse. Le Gabon est l’un des premiers producteurs mondiaux de ce minerai, essentiel à la fabrication de l’acier et des batteries. Mais le pays exporte aujourd’hui le manganèse à l’état brut, sans le transformer sur place.

Les autorités gabonaises ont fixé un objectif clair : à partir du 1er janvier 2029, toute exportation de manganèse non transformé sera interdite. Libreville veut désormais valoriser ses ressources sur son territoire, créer des emplois et générer de la valeur ajoutée.

Ce projet ambitieux nécessite des investissements importants. La France, via le groupe Eramet (propriétaire de la Comilog, principal exploitant du manganèse gabonais), est en première ligne. L’ambassadeur de France au Gabon, Fabrice Mauriès, a déjà réaffirmé la volonté de Paris d’« accompagner » ce processus, dans une logique de partenariat gagnant-gagnant. Mais les négociations promettent d’être serrées : le Gabon veut un accord qui lui permette de maîtriser sa filière, tandis que les industriels français entendent protéger leurs intérêts économiques.

La base militaire de Libreville, symbole de la présence française

Deuxième dossier sensible : l’avenir du camp De Gaulle, la base militaire française implantée à Libreville. Autrefois vitrine de la présence française en Afrique, elle ne compte plus qu’une centaine de soldats, contre 1 200 par le passé.

Le Gabon, qui a engagé un processus de redéfinition de sa souveraineté, veut récupérer le titre foncier de la base. Le porte-parole de la présidence gabonaise, Théophane Nzame-Nze Biyoghe, a été clair : « Le Gabon attend que le titre foncier relatif au camp soit transféré à la partie gabonaise. »

L’objectif de Libreville est de rebaptiser la base du nom d’un général gabonais et d’en faire un centre de formation pour les forces de défense nationales. La France, de son côté, se dit « prête à répondre aux priorités et aux objectifs formulés par le Gabon », sans toutefois préciser de calendrier. Ce dossier, hautement symbolique, sera au cœur des discussions entre les deux chefs d’État.

Cette visite intervient dans un climat politique intérieur dégradé. Au Gabon, les réseaux sociaux sont coupés depuis le 17 février, et l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, principal opposant au président Oligui Nguema, est emprisonné depuis mi-avril. Il est poursuivi pour une affaire d’escroquerie remontant à 2008, que ses partisans qualifient de procédure politique.

Le porte-parole de la présidence gabonaise a toutefois invité la diaspora, y compris ceux qui ont « des positions contradictoires », à venir « discuter entre Gabonais, à bâtons rompus ». Une manière d’apaiser les tensions, alors que la communauté internationale scrute l’évolution de la situation démocratique au Gabon.

Quels résultats attendre de cette visite ?

Les enjeux de ce déplacement sont multiples :

· Sur le plan économique : un accord sur la transformation du manganèse pourrait marquer un tournant pour l’économie gabonaise, en créant des milliers d’emplois et en réduisant la dépendance du pays aux exportations de matières premières.
· Sur le plan militaire : le transfert du camp De Gaulle serait un geste fort, symbolisant une nouvelle étape dans les relations entre les deux pays, sur la base d’un partenariat plus équilibré.
· Sur le plan politique : le Gabon cherche à affirmer sa souveraineté tout en maintenant des liens privilégiés avec la France.

La position de la France

Paris, de son côté, cherche à préserver son influence dans une région où elle est de plus en plus contestée, tout en acceptant de réduire son empreinte militaire. La France a déjà révisé sa présence en Afrique, avec le retrait partiel de ses troupes au Sahel, et elle entend adapter son dispositif au Gabon.

Et après ?

Si les négociations aboutissent, le Gabon pourrait faire un bond significatif vers son industrialisation et renforcer son autonomie stratégique. Mais un échec, ou un accord jugé trop favorable à la France, pourrait raviver les tensions entre Libreville et Paris, et nourrir le sentiment antifrançais déjà présent dans une partie de la population.

Cette visite d’État, au-delà du protocole, sera donc scrutée de près par les observateurs, tant au Gabon qu’en France. Les deux chefs d’État ont l’occasion de poser les bases d’un partenariat renouvelé. À eux de saisir cette opportunité.

Par Jérôme Wailifu

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