Ghana : Mandat à 5 ans : le gouvernement ouvre la voie, le référendum tranche

Le gouvernement ghanéen a validé jeudi l’allongement des mandats présidentiel et parlementaire de quatre à cinq ans. Une réforme majeure qui ne pourra toutefois entrer en vigueur qu’après un référendum populaire prévu en 2027, dont les conditions de réussite sont particulièrement exigeantes.

C’est un tournant institutionnel qui se dessine dans l’une des démocraties les plus respectées d’Afrique de l’Ouest. Le Ghana, qui n’a connu aucun coup d’État depuis plus de trois décennies, s’apprête à modifier l’un des piliers de sa Constitution de 1992 : la durée du mandat des plus hautes fonctions de l’État.

Le gouvernement a officiellement approuvé, jeudi 30 juillet, la recommandation de la Commission de révision constitutionnelle, présidée par le professeur H. Kwasi Prempeh. Le texte prévoit le passage du mandat présidentiel et parlementaire de quatre à cinq ans. Une réforme qui, si elle est adoptée, alignerait le Ghana sur la plupart de ses voisins ouest-africains, comme le Nigeria, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire.

« Un temps de gouvernance trop court »

Pour convaincre l’opinion, le gouvernement avance un argument chronologique imparable en apparence : le mandat actuel ne laisse en réalité que deux années utiles pour gouverner. « La première année est consacrée à la transition et à la formation de l’équipe. La dernière est largement absorbée par la préparation des élections. Il ne reste qu’un peu plus de deux ans pour mettre en œuvre des politiques économiques et sociales structurantes », a expliqué le ministre de la Justice, Dominic Ayine.

L’objectif affiché est donc double : renforcer la stabilité institutionnelle et améliorer l’efficacité de l’action publique. Les autorités estiment qu’un mandat plus long permettra aux dirigeants de porter des réformes sur le long terme, sans être constamment sous la pression du calendrier électoral.

Une réforme en cascade

L’allongement du mandat s’accompagne d’un ensemble de mesures connexes qui dessinent les contours d’une refonte institutionnelle plus large. Parmi les principales avancées :

· L’abaissement de l’âge minimum pour se présenter à l’élection présidentielle, fixé à 35 ans (contre 40 actuellement), dans une logique de rajeunissement de la classe politique ;
· La fixation des élections présidentielles à la première semaine de novembre, afin de garantir un délai suffisant avant l’investiture du 7 janvier ;
· L’augmentation du nombre de députés, qui passerait de 276 à 300, avec 24 sièges réservés aux femmes, aux personnes handicapées et aux jeunes ;
· L’ouverture aux binationaux, désormais autorisés à devenir députés ou à occuper de hautes fonctions publiques.

Un référendum à haut risque

Mais la réforme n’est pas encore acquise. La durée du mandat présidentiel étant gravée dans la Constitution, toute modification impose l’organisation d’un référendum national. Les conditions fixées par la loi sont draconiennes : il faudra réunir au moins 40 % des électeurs inscrits dans les urnes et recueillir l’approbation de 75 % des votants.

Un seuil difficile à atteindre, comme l’ont montré les précédents référendums dans le pays. Le gouvernement entend toutefois jouer la carte de la synchronisation : le scrutin serait organisé en même temps que les élections municipales de 2027, afin de maximiser la participation. D’ici là, deux projets de loi d’amendement constitutionnel seront soumis au Parlement dès octobre 2026.

La société civile partagée

L’annonce a suscité des réactions contrastées dans la société civile ghanéenne. D’un côté, certains estiment que cette réforme permettra d’éviter l’instabilité chronique qui caractérise d’autres démocraties africaines, où les alternances trop rapides empêchent toute continuité. De l’autre, des voix s’élèvent pour dénoncer un risque de « concentration des pouvoirs » et un affaiblissement de la redevabilité des élus.

« Le Ghana est un modèle en Afrique. Ce référendum sera un test pour notre maturité démocratique », a déclaré un avocat et militant des droits civiques, qui préfère garder l’anonymat. « Un mandat plus long peut être bénéfique, mais il exige des contre-pouvoirs plus solides. »

Le débat est désormais lancé. D’ici à 2027, les Ghanéens auront à trancher : veulent-ils offrir cinq ans à leurs dirigeants pour agir, ou préfèrent-ils conserver le rythme quadriennal qui a fait la réputation de leur démocratie ?

 

Par Rodrigue Izumo 

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