MALI : Assimi Goïta officiellement président à vie : la transition militaire s’enracine durablement
Partager la publication "MALI : Assimi Goïta officiellement président à vie : la transition militaire s’enracine durablement"
C’est désormais officiel : le général Assimi Goïta, chef de la junte au pouvoir au Mali, peut rester indéfiniment à la tête de l’État sans passer par les urnes. Une nouvelle loi, promulguée et publiée au Journal officiel le jeudi 10 juillet, lui accorde un mandat de cinq ans renouvelable à volonté, mettant ainsi fin à toute perspective d’élections présidentielles dans un avenir proche.
Présentée comme une réponse à la volonté populaire issue des Assises nationales de la refondation, cette charte a été saluée par Malick Diaw, président du Conseil National de Transition (CNT), qui y voit une « avancée majeure dans la refondation du Mali ». En plus de pérenniser la position du chef de la junte, la nouvelle loi ouvre également la voie à la participation des membres du gouvernement de transition et du CNT aux prochaines élections – y compris la présidentielle – sans aucune restriction.
Assimi Goïta, arrivé au pouvoir par deux coups d’État successifs en août 2020 puis en mai 2021, avait initialement promis une transition vers un régime civil en mars 2024. Mais cette promesse s’efface définitivement avec l’adoption de cette nouvelle architecture institutionnelle, qualifiée par certains analystes de « verrouillage constitutionnel du pouvoir militaire ».
Dans les rues de Bamako, les réactions sont partagées : si certains citoyens saluent la stabilité apparente que la mesure pourrait garantir, d’autres dénoncent un retour déguisé à un pouvoir autoritaire. L’opposition politique, en grande partie muselée depuis la prise de pouvoir de la junte, n’a pour l’heure émis aucune déclaration officielle, probablement par crainte de représailles.
Sur le plan international, cette décision pourrait davantage isoler le Mali, déjà sous sanctions régionales par le passé, et exacerber les tensions avec des partenaires comme la CEDEAO et l’Union européenne, qui appelaient à un retour rapide à un ordre constitutionnel démocratique.
Avec cette nouvelle étape, le Mali semble s’enfoncer durablement dans un modèle de gouvernance militaire, rompant définitivement avec les espoirs d’une transition apaisée vers la démocratie.
Par Cherif Keita

