RDC: Génocost : Denis Mukwege dénonce le pillage des minerais et s’oppose à une révision constitutionnelle
À l’occasion de la Journée nationale du « Génocost », le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a rendu un hommage solennel aux millions de victimes des conflits qui ravagent la République démocratique du Congo depuis plus de trois décennies. Dans une déclaration marquante, il a pointé du doigt les intérêts économiques liés aux minerais stratégiques et dénoncé les complicités internes qui, selon lui, ont favorisé les agressions répétées contre le pays .
« Génocost » : un drame économique et géostratégique
Instituée en décembre 2022, cette journée commémorative du 2 août rappelle le déclenchement de la deuxième guerre du Congo en 1998, considérée comme le conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale . Le terme « Génocost », contraction de « génocide pour des gains économiques », souligne le lien direct entre les violences massives et l’exploitation des richesses naturelles du pays .
Dans sa déclaration, Denis Mukwege a dénoncé sans ambages la prédation des ressources congolaises : « Le cobalt, le coltan, l’or, la cassitérite, le tungstène et d’autres minerais stratégiques alimentent les industries du numérique, de la défense et de la transition énergétique. Il est inacceptable que plusieurs générations de Congolais continuent de payer de leur vie le prix du développement du reste du monde » .
Le prix Nobel a également mis en cause la responsabilité des élites locales : « Les agressions extérieures ont été aggravées par les complicités internes, la corruption, le bradage des ressources nationales, l’affaiblissement des institutions et l’absence de réformes profondes » .
Un appel ferme à la justice et à la mémoire
Face à ce constat accablant, Denis Mukwege a réaffirmé son plaidoyer pour une justice transitionnelle globale. Il réclame la mise en place d’un Tribunal pénal spécial pour la RDC, la création de chambres spécialisées mixtes ainsi que l’érection d’un Mémorial national à Kinshasa et de monuments dans les provinces meurtries .
« La paix durable ne pourra être obtenue sans vérité, sans justice et sans lutte effective contre l’impunité », a-t-il martelé, rappelant que les recommandations du Rapport Mapping des Nations unies publié en 2010 demeurent pleinement d’actualité .
Le gynécologue, qui a consacré sa vie à soigner les victimes de violences sexuelles, insiste sur la nécessité d’une approche holistique : « Nous réaffirmons notre appel à la mise en œuvre d’une stratégie nationale holistique de justice transitionnelle comprenant les poursuites judiciaires, la recherche de la vérité, les réparations, la préservation de la mémoire, les réformes institutionnelles et les garanties de non-répétition » .
Mise en garde contre une révision constitutionnelle
Dans un contexte politique tendu, Denis Mukwege a également pris position contre tout projet de révision constitutionnelle qui viserait à prolonger le mandat du président Félix Tshisekedi. Il estime que cette démarche, dans un pays en proie à une crise sécuritaire majeure, « pourrait conduire encore une fois à une déstabilisation interne conflictogène qui risque de verser inutilement le sang des Congolais » .
Le prix Nobel de la paix 2018 souligne que les priorités nationales devraient être concentrées sur les défis urgents, notamment la situation catastrophique dans l’Est du pays, où plus de 30 millions de Congolais vivent dans l’insécurité alimentaire et où des millions de personnes sont déplacées . Il exhorte fermement le pouvoir à abandonner ce projet et à écouter « la voix de la raison » .
Alors que la RDC commémore ses morts, le message du Dr Mukwege résonne comme un appel à transformer les « minerais de conflits en minerais de paix, l’impunité en justice, la prédation en gouvernance responsable et la souffrance en espérance » .
Par Jérôme Wailifu

