Sénégal : une plainte de voisins excédés fait tomber un réseau de prostitution et de trafic de drogue à Kaolack
Une simple plainte de voisins excédés par les nuisances nocturnes a conduit la Brigade de Recherches (BR) de Kaolack à démanteler, en une seule nuit, un réseau de prostitution doublé d’un trafic de drogue à dimension internationale. Deux individus ont été déférés ce mercredi devant le procureur de la République, Abass Yaya Wane.
L’affaire débute par une déposition déposée auprès de la BR de la compagnie de gendarmerie de Kaolack par trois locataires d’un immeuble situé au quartier Ngane. Ces derniers dénoncent leur colocataire, une certaine M.D. Diop, prostituée titulaire d’un carnet sanitaire, qui recevait régulièrement des clients au premier niveau de l’immeuble. Les allées et venues nocturnes d’hommes à des heures tardives avaient fini par alerter le voisinage, poussant les riverains à saisir la justice.
Une descente nocturne qui révèle l’ampleur du dispositif
Forts de ces informations, des éléments de la BR du Saloum, sous le commandement de l’adjudant-chef Modou Ndiaye, se sont transportés sur les lieux aux alentours de 2 heures du matin. Sur place, les enquêteurs découvrent un nombre important d’hommes faisant la queue pour assouvir leurs désirs. À la vue des gendarmes, ceux-ci prennent la fuite en toute hâte, abandonnant les lieux.
Dans la chambre, les enquêteurs trouvent M.D. Diop en compagnie d’un certain M. M. Sarr, rapidement identifié comme son proxénète. La perquisition de la chambre révèle un stock impressionnant de matériel destiné à l’activité sexuelle : 256 préservatifs masculins, 19 préservatifs féminins, 60 sachets de lubrifiant, ainsi qu’un flacon de lubrifiant local communément appelé « nekh nekh », selon nos informations
Des indices qui orientent vers d’autres activités illicites
S’ajoutent à cette découverte une balance de précision, du papier à rouler Rizla et plusieurs briquets, autant d’indices qui laissent présager d’autres activités illicites bien au-delà de la simple prostitution. Les deux individus sont aussitôt conduits à la Brigade de Recherches pour la poursuite de l’enquête.
C’est l’exploitation du téléphone portable de M. M. Sarr qui va faire basculer l’affaire dans une tout autre dimension. Les conversations WhatsApp découvertes sur l’appareil révèlent que l’homme n’est pas un simple proxénète, mais un important fournisseur de drogue, ravitaillant des revendeurs dans les localités de Kaffrine, Kaolack et Fatick.
Un trafic international mis au jour
Selon les éléments recueillis par les enquêteurs, M. M. Sarr effectuait ses approvisionnements en Gambie à bord de sa moto, avant de distribuer la marchandise à ses détaillants sur l’ensemble du territoire sénégalais. La moto, rapidement localisée et immobilisée devant l’immeuble où a eu lieu l’interpellation, a été soumise à une fouille minutieuse.
Dissimulés dans les carénages du véhicule, les gendarmes mettent la main sur 66 comprimés d’ecstasy et 24,5 grammes de crack. Interrogé sur la provenance et la destination de ces stupéfiants, M. M. Sarr reconnaît les avoir achetés en Gambie pour les revendre à ses clients des trois localités.
Deux suspects déférés devant le procureur
M. M. Sarr et M.D. Diop ont été déférés ce mercredi devant le procureur Abass Yaya Wane, chef du parquet de Kaolack. Les deux suspects sont poursuivis pour plusieurs chefs d’accusation : association de malfaiteurs, outrage aux bonnes mœurs, mise en danger de la vie d’autrui, complicité, détention, vente et trafic international de drogue.
Le parquet de Kaolack, connu pour sa fermeté dans la lutte contre les trafics illicites, devrait requérir des peines sévères à l’encontre des deux prévenus. L’affaire, qui a suscité un vif intérêt dans la cité du Saloum, met en lumière l’efficacité des signalements citoyens dans la lutte contre la criminalité organisée.
Une enquête qui pourrait s’étendre
Les enquêteurs n’excluent pas d’autres interpellations dans les prochains jours. Les informations contenues dans le téléphone de M. M. Sarr pourraient permettre de remonter jusqu’à d’autres revendeurs et éventuellement jusqu’aux fournisseurs gambiens. La coopération transfrontalière entre le Sénégal et la Gambie pourrait être sollicitée dans le cadre de cette affaire.
En attendant, les populations du quartier Ngane, excédées par des mois de nuisances nocturnes, ont accueilli avec soulagement l’intervention musclée des forces de l’ordre. « On peut enfin dormir tranquilles », confie l’un des voisins à l’origine de la plainte.
Par Frédéric Konaté

