Sénégal : vers la fin de l’alliance Sonko–Diomaye Faye ? Les premiers signes d’une fracture politique
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Au Sénégal, l’unité qui faisait la force du duo Ousmane Sonko–Bassirou Diomaye Faye semble vaciller. Ce tandem, qui incarnait l’espoir d’un renouveau politique, montre aujourd’hui des fissures qui laissent entrevoir une tension grandissante au sommet de l’État.
Tout est parti d’une décision présidentielle : la nomination d’Aminata Mimi Touré comme coordinatrice de la coalition « Diomaye Président », en remplacement d’Aïda Mbodj, jusque-là soutenue par le Premier ministre Ousmane Sonko. Ce choix, loin d’être anodin, a été perçu comme un désaveu politique envers Sonko, figure emblématique du mouvement des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF).
Sur les réseaux sociaux et dans les milieux militants, la réaction ne s’est pas fait attendre. Les partisans de Sonko dénoncent une décision unilatérale qui remet en cause « l’esprit de collégialité » et trahit « les valeurs de lutte » portées par le camp des réformistes.
De son côté, le président Bassirou Diomaye Faye assume pleinement son choix, estimant qu’il demeure le seul garant de la cohésion gouvernementale et institutionnelle. Pour lui, la période actuelle exige des arbitrages fermes afin de préserver la stabilité et la continuité de l’action publique.
Mais derrière cette querelle apparente de personnes se cache une bataille de légitimité : celle du leader politique (Sonko), fort de son aura populaire, contre celle du chef de l’État (Diomaye Faye), détenteur du pouvoir constitutionnel. Cette dualité, si elle n’est pas maîtrisée, risque de fragiliser le socle même sur lequel repose leur victoire historique d’avril 2024.
À mesure que s’approche l’échéance électorale de 2029, chaque nomination, chaque discours, chaque posture publique prend désormais une dimension stratégique. Entre fidélité militante et affirmation du pouvoir, le Sénégal observe, inquiet, les deux visages de son leadership politique s’éloigner.
Une question demeure : le rêve de gouvernance partagée survivra-t-il à l’épreuve du pouvoir ?
Par Cherif Keita

