Tchad : Huit opposants du GCAP incarcérés à Klessoum – La défense dénonce une « absence d’infraction »
La justice tchadienne a frappé fort. Ce mardi 28 avril 2026, les huit responsables du Groupe de Concertation des Acteurs Politiques (GCAP), interpellés trois jours plus tôt, ont été placés sous mandat de dépôt et transférés à la maison d’arrêt de Klessoum. Ils répondent désormais de chefs d’accusation lourds : attroupement armé, association de malfaiteurs, mouvement insurrectionnel, rébellion et détention illégale d’armes de guerre.
« Aucune infraction constatée », plaide la défense
Me Adoum Moussa, membre du collectif d’avocats du GCAP, ne décolère pas. Selon lui, cette incarcération est dépourvue de tout fondement juridique.
« Après le déferrement de nos huit clients au parquet d’instance, le procureur les a placés tous sous mandat de dépôt et ils sont en ce moment à la maison d’arrêt de Klessoum », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Malgré l’absence d’infraction constatée lors de leur audition, ils ont été placés sous mandat de dépôt, en dépit de leur âge avancé. Me Bidi Valentin a aujourd’hui plus de 88 ans et est malade, tout comme le professeur Avouksouma. »
Le parquet justifie la fermeté
Face à cette contestation, le ministère public campe sur ses positions. Le procureur de la République près le Tribunal de grande instance de N’Djamena, Moussa Abdelkrim Saleh, assume pleinement la décision.
« Il est plus qu’évident que les réunions et les appels à l’insurrection lancés par les chefs des partis politiques du GCAP constituent une activité illégale passible de poursuites pénales », a-t-il tonné.
Le magistrat a également annoncé l’ouverture d’une enquête visant à identifier tous les protagonistes. « Au regard de la gravité des faits reprochés, le parquet d’instance a ouvert une enquête judiciaire pour identifier les auteurs, co-auteurs et complices et les traduire devant les juridictions compétentes », a-t-il précisé.
Un transfèrement sous le signe de l’émotion
Les huit figures de l’aile dure de l’opposition démocratique avaient appelé à une marche de protestation prévue pour le samedi 2 mai 2026. Leur interpellation, le 25 avril, avait déjà suscité une vive émotion. Ce mardi, c’est sous les regards impuissants de leurs proches, certains en larmes, qu’ils ont été conduits dans les camionnettes de la police judiciaire vers leur lieu de détention.
L’âge avancé et l’état de santé de plusieurs d’entre eux, notamment Me Bidi Valentin (88 ans) et le professeur Avouksouma, rendent cette incarcération d’autant plus préoccupante pour leurs familles et leurs soutiens.
Par Kenzo Brown

