Tchad : Le maire de N’Djaména critiqué pour avoir appelé les citoyens à nettoyer gratuitement la ville

 

Une vague d’indignation secoue la capitale tchadienne après l’appel lancé par le maire Sénoussi Hassana Abdoulaye, invitant les citoyens à participer bénévolement aux opérations de curage des caniveaux. Une initiative qualifiée d’humiliante par de nombreuses voix de la société civile, dont celle de Makaila Nguebla, ancien conseiller aux droits humains du président Mahamat Idriss Déby, aujourd’hui exilé en France.

« Il est inadmissible, voire indécent, qu’un maire ose solliciter le bénévolat des citoyens pour curer les caniveaux et nettoyer la ville, comme si la misère autorisait toutes les humiliations », fustige Makaila Nguebla dans une tribune largement relayée sur les réseaux sociaux.

L’activiste dénonce un double standard criant : les élites vivent dans l’opulence tandis que les plus pauvres sont sommés de pallier les défaillances des pouvoirs publics, sans rémunération ni protection.

> « Dans une capitale où une poignée de privilégiés pille les ressources publiques, voyage en jet privé et vit dans le luxe, on vient exiger des plus pauvres qu’ils deviennent gratuitement des éboueurs ? », s’indigne-t-il.

Selon lui, cette sollicitation révèle un échec manifeste de l’État à remplir ses missions fondamentales : assurer la salubrité publique, protéger la santé des citoyens et gérer les services municipaux de manière professionnelle. Il estime que cette forme d’appel au volontariat, dans un contexte de pauvreté extrême, revient à exploiter la misère des plus vulnérables.

Makaila va plus loin et accuse le projet d’être potentiellement dangereux. Il alerte sur les risques sanitaires majeurs liés à la manipulation des déchets et des eaux usées sans équipement ni formation, dans un pays où les infrastructures de santé sont défaillantes et les épidémies telles que le choléra refont surface.

« C’est une négligence criminelle maquillée en appel civique. Le peuple tchadien n’a pas vocation à réparer, gratuitement, l’incurie des autorités », prévient-il.

L’ancien conseiller présidentiel interpelle également l’Agence Française de Développement (AFD), partenaire de l’initiative. Il l’invite à réévaluer son implication, estimant qu’une organisation internationale responsable ne saurait soutenir un programme présentant autant de failles et de risques humains.

« L’AFD aurait dû analyser les différents aspects avant de s’engager pour éviter d’être demain comptable et coupable d’une tragédie au Tchad. »

Un débat qui divise

Si certains responsables municipaux défendent l’appel du maire en invoquant l’esprit civique et la solidarité communautaire, de nombreux citoyens y voient une tentative cynique de déléguer les responsabilités publiques à une population déjà éprouvée par la pauvreté, l’insalubrité et l’insécurité.

Par Kenzo Brown 

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