Tchad : Orbira Toutengal : victime d’un pays qui roule sans frein
Ce lundi matin, Orbira Toutengal, mère de famille, femme discrète et dévouée, est sortie de chez elle pour accomplir un geste simple : récupérer le bulletin scolaire de son enfant. Comme tant d’autres parents à cette période de fin de l’année, elle voulait voir les résultats, encourager, corriger, préparer l’avenir.
Elle n’est jamais rentrée chez elle.
Sur le chemin du retour, alors qu’elle était passagère sur un « clando », un taxi-moto devenu incontournable pour les habitants de quartiers comme Walia, la moto a chuté. À ce moment-là, un camion benne est arrivé à toute vitesse. Il ne lui a laissé aucune chance. Orbira est morte sur place. Le bulletin de son enfant dans son sac. Le silence sur ses lèvres. Et dans son sillage, une famille brisée.
Sa mort n’est pas un accident isolé. Elle est le reflet d’un mal plus profond, d’un drame quotidien que les Tchadiens ont fini par banaliser : l’extrême danger de la route de Walia à N’Djamena. Une route sans foi ni loi. Une route où l’on roule vite, trop vite. Où les camions foncent, les motos zigzaguent, les piétons fuient. Une route où l’on meurt. Souvent. Silencieusement.
Orbira Toutengal était une mère, une femme qui croyait en l’éducation, en l’avenir. En accomplissant ce devoir parental, elle a rencontré la mort, non pas par fatalité, mais à cause d’une négligence collective, d’un État absent, d’un système routier défaillant.
Aujourd’hui, son nom doit résonner bien au-delà de Walia. Orbira, ce n’est pas qu’un corps sans vie sur l’asphalte. C’est le symbole d’une société qui sacrifie ses citoyens à l’indifférence. Elle est le visage de toutes celles et ceux que la route a volés à leur famille.
À travers cette tribune, nous appelons à :
L’installation urgente de ralentisseurs et de signalisations sur l’axe Walia–centre-ville ;
La régulation des camions circulant dans ces zones.
Une réforme sérieuse du transport urbain à N’Djamena ;
Et enfin, une campagne nationale pour une sécurité routière inclusive et humaine.
Orbira Toutengal ne doit pas être oubliée. Que sa mort réveille nos consciences. Qu’elle oblige les autorités à agir. Qu’elle devienne le point de départ d’un changement nécessaire.
Elle a été tuée pour avoir voulu être une mère responsable. Honorons sa mémoire, en empêchant que d’autres connaissent le même sort.
Une voix pour Orbira, une voix pour toutes les victimes silencieuses de nos routes.
Par Kenzo Brown

