Burkina Faso : Trois journalistes critiques du régime enrôlés de force dans l’armée

 

Guézouma Sanogo, Boukari Ouoba et Luc Pagbelguem, trois journalistes burkinabè portés disparus depuis leur enlèvement le 24 mars à Ouagadougou, ont refait surface dans une vidéo diffusée ce vendredi. Les images, dont l’authenticité n’a pas été officiellement confirmée, les montrent vêtus d’uniformes militaires, dans ce qui semble être un camp d’entraînement en zone aride.

Un enlèvement ciblé après des critiques contre le pouvoir
Les trois hommes, connus pour leurs prises de position sur les restrictions croissantes à la liberté de la presse sous le régime du capitaine Ibrahim Traoré, avaient été arrêtés par des hommes en civil sans mandat ni explication. Leur disparition avait suscité l’émoi parmi leurs confrères et les organisations de défense des droits humains.

Dans la vidéo, les journalistes apparaissent sous bonne garde, sans qu’il soit clair s’ils s’expriment librement. Aucun commentaire audible ne permet de comprendre les circonstances de leur présence sur les lieux. En arrière-plan, des individus en treillis suggèrent un contexte de conscription forcée.

Une pratique récurrente sous le régime Traoré
Cette affaire rappelle plusieurs cas similaires survenus ces dernières années. En 2024, l’ancien ministre Ablassé Ouédraogo, 70 ans, avait été filmé en tenue militaire, arme à la main, après son enrôlement controversé. En 2023, Boukary Ouédraogo, leader du mouvement *L’Appel de Kaya* et malvoyant, avait subi le même sort. À l’époque, le président Traoré avait justifié ces mesures en déclarant que * »ceux qui critiquent doivent se contenter de dormir et laisser les autres travailler »*.

Les autorités n’ont pas encore réagi officiellement à cette nouvelle vidéo, mais une source militaire anonyme évoque une * »participation citoyenne à l’effort de guerre »*, dans un pays en proie à une insurrection jihadiste persistante.

Condamnations internationales et craintes pour la liberté de la presse
Reporters sans frontières (RSF) a immédiatement dénoncé une * »tentative d’intimidation grotesque »* visant à museler les voix critiques. * »Transformer des journalistes en soldats sous la contrainte est une violation flagrante des droits fondamentaux »*, a affirmé un porte-parole de l’ONG.

La Fédération internationale des journalistes (FIJ) exige leur libération immédiate, tandis que la CEDEAO pourrait convoquer une réunion d’urgence pour examiner cette * »dérive autoritaire »*.

Un climat de peur qui s’installe
Avec la dissolution récente de l’Association des Journalistes du Burkina (AJB) et les suspensions répétées de médias indépendants, cette affaire renforce les craintes d’un verrouillage total de l’espace médiatique. Plusieurs reporters auraient quitté le pays ces derniers mois, selon le SYNTIC, principal syndicat des journalistes burkinabè.

La communauté internationale, notamment l’ONU et l’Union africaine, est attendue sur ce dossier. Les familles des journalistes, toujours sans nouvelles directes, réclament des preuves de vie et un accès à leurs proches.

Par Francis Kaboré 

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