Afrique : Mort en détention : La Côte d’Ivoire dans la tourmente après le décès d’Alino Faso, Ouagadougou exige des explications
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Le décès en détention d’Alain Christophe Traoré, alias Alino Faso, figure influente du soutien aux autorités militaires burkinabè, suscite une vive indignation au Burkina Faso. Retrouvé pendu dans sa cellule à l’École de gendarmerie d’Abidjan le jeudi 24 juillet, l’activiste burkinabè était poursuivi depuis janvier dernier pour « intelligence avec des agents d’un État étranger ».
Selon les autorités judiciaires ivoiriennes, l’homme de 34 ans se serait suicidé à l’aide d’un drap, après une tentative ratée de mutilation. Une enquête a été annoncée pour déterminer les circonstances exactes de sa mort. Toutefois, cette version est loin de convaincre à Ouagadougou, où les soupçons d’un traitement opaque et négligent alimentent une crise diplomatique naissante.
Une mort trouble qui ravive les tensions
Incarcéré depuis le 10 janvier 2025, Traoré était accusé d’activités hostiles aux intérêts ivoiriens. Figure montante sur les réseaux sociaux, il dénonçait régulièrement l’ingérence étrangère dans les affaires burkinabè et exprimait un soutien sans équivoque aux autorités militaires de son pays. Son interpellation à Abidjan avait été perçue comme une manœuvre politique visant à étouffer une voix dissidente.
Le gouvernement burkinabè, indigné par la gestion de l’affaire, a convoqué la chargée d’affaires de l’ambassade ivoirienne à Ouagadougou, dénonçant un silence injustifiable autour de la mort de son ressortissant. « Il a été déchu de la nationalité ivoirienne. Il est burkinabè et, à ce titre, son pays d’origine exige la vérité et le rapatriement immédiat de sa dépouille », a martelé le ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré.
Une crise diplomatique en gestation
Le silence des autorités ivoiriennes pendant les 72 heures ayant suivi le décès a été perçu comme un affront par les autorités burkinabè, mais aussi par la famille du défunt. « Ce manque de considération est révélateur du mépris persistant envers notre pays. Découvrir la mort d’un proche sur les réseaux sociaux est une violence inacceptable », a déclaré un proche d’Alino Faso.
Cette affaire survient dans un contexte de relations déjà tendues entre Abidjan et Ouagadougou depuis la montée au pouvoir des militaires au Burkina Faso. La défiance mutuelle et les divergences idéologiques sur la gouvernance sécuritaire dans la région sahélienne n’ont cessé de fragiliser la coopération bilatérale.
Vers une enquête internationale ?
Alors que les appels à une enquête indépendante se multiplient, des voix burkinabè réclament une autopsie contradictoire et la présence d’observateurs internationaux. Pour nombre d’observateurs, cette affaire pourrait marquer un tournant dans les relations entre les deux États voisins.
En attendant, la famille d’Alain Christophe Traoré demande justice, et le peuple burkinabè, déjà meurtri par les violences terroristes, attend des réponses claires sur les véritables circonstances de la mort d’un de ses fils.
Par Francis Kaboré

