Mali « Un désastre » : le groupe russe Africa Corps essuie sa première défaite.
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Le 1er août, un convoi de l’Africa Corps est tombé dans une embuscade tendue par des jihadistes à proximité de la ville malienne de Ténenkou, dans la région de Mopti. Pour la première fois, des images filmées par les groupes jihadistes montrent des membres de ce groupe paramilitaire russe venu remplacer Wagner au Mali morts au combat.
Les images sont insoutenables : plusieurs cadavres d’hommes en uniforme s’empilent au pied d’un camion militaire. Sur une autre vidéo, un homme en pleine agonie est achevé d’une balle dans la tête. Sur toutes ces images, des tirs d’armes automatiques se font entendre en fond sonore.
Ces vidéos sont tournées le 1er août 2025. Elles ont d’abord été diffusées sur des chaînes WhatsApp jihadistes avant d’être reprises sur Twitter.
Parmi ces corps sans vie, certains sont reconnaissables à leur peau blanche et sont désignés comme des « Wagner » par les jihadistes. Si l’entreprise du défunt Evgueni Prigojine n’opère plus au Mali depuis le 6 juin 2025, la relève est assurée par le groupe russe Africa Corps. Réputé plus proche du ministère de la Défense que son prédécesseur, Africa Corps semble avoir connu sa première défaite d’envergure ce vendredi 1er août.
Les images filmées par les jihadistes du JNIM montrent au total les corps de 3 mercenaires russes dont les cadavres n’ont pas pu être évacués par leurs camarades. Une vidéo montre aussi un camion de fabrication russe de type Ural-4320, reconverti pour l’occasion en véhicule de dépannage, totalement détruit.
Au lendemain de l’embuscade, des images qui montreraient un hélicoptère en intervention contre les jihadistes au lendemain de l’embuscade de Ténenkou sont publiées sur les réseaux sociaux. Il n’est cependant pas possible de vérifier leur localisation de façon indépendante.
Peu après l’embuscade, le JNIM a revendiqué par le biais de son média officiel Az-Zallaqa la capture d’ « un véhicule militaire, 16 Kalachnikov, deux mitrailleuses PK, des munitions et divers équipements ».
Un échec d’Africa Corps critiqué par les anciens de Wagner
Dans les jours qui suivent l’embuscade, des critiques se sont fait entendre contre le commandement d’Africa Corps. Ainsi, le blogueur militaire et analyste Rybar évoque « un rappel sévère » qui « doit servir de leçon ». Selon l’analyste pro-russe, « le théâtre africain est trop souvent sous-estimé. La complexité des combats ici est comparable, voire supérieure, à celle des opérations dans la zone de l’opération spéciale [terme russe désignant l’invasion russe de l’Ukraine, NDLR] ».
Dans un message publié sur Telegram le jour même de l’embuscade, le blogueur pro-Wagner Turist évoque « un désastre ». Selon lui, « il aurait été possible d’éviter de tels événements compte tenu des ressources dont dispose Africa Corps ». Le message déplore également le fait que « des véhicules et des corps des soldats aient été abandonnés ».
La chaîne Telegram Sand Cat, proche de Wagner, déplore le manque de soutien aérien au moment de l’embuscade : « Il n’y avait pas d’hélicoptère de garde. Un temps précieux a donc été perdu, au prix de la vie de nos combattants. Normalement, le temps d’arrivée de l’engin depuis la base la plus proche ne dépasse pas 20 minutes avec le moteur chaud. Un MI-24 [hélicoptère russe, NDLR] aurait pu déchiqueter cette bande de pédés [ici le blogueur désigne les jihadistes] ».
Les remarques du blogueur Sand Cat ciblent également le commandement d’Africa Corps qui ne prendrait pas assez en compte le retour d’expérience des anciens membres de Wagner. Dans un message publié le 1er août, il tourne en dérision les membres d’Africa Corps : « On n’écoute pas les connards de Wagner, qui ont marché sur cette terre pendant des années, qui ont pris leurs coups et savent comment bosser ici et comment se comporter avec la population locale. On est trop intelligents, on a fait des écoles militaires, on a de l’expérience en papier qui date de la Tchétchénie ».
« L’arrivée de nouveaux matériels lourds d’Africa Corps ne va rien changer »
S’il n’est possible d’identifier que 3 cadavres de mercenaires russes dans les vidéos publiées par les jihadistes, selon un spécialiste de la zone, les pertes humaines auraient été beaucoup plus importantes pour les Russes, qui disposent d’équipements inadaptés à la guerre de contre-insurrection :
« Selon le bilan non officiel établi par les jihadistes, que je ne peux pas confirmer, il y aurait eu au total 40 morts, dont 14 russes tués. Il faut comprendre que les jihadistes voulaient frapper un grand coup car Ténenkou, c’est leur territoire. C’est la zone historique d’Amadou Koufa [un des chefs jihadiste peule du JNIM, NDLR] ».
« La région est totalement acquise aux jihadistes. Hormis dans les grandes villes, l’État n’est pas présent. Ici, le JNIM est vu comme l’autorité légitime. Les jihadistes exercent un contrôle politique, idéologique et territorial dans cette zone. Les structures de l’Etat (administrative, justice, sécurité) sont absentes dans les zones rurales ».
« De leur côté, l’armée et les Russes n’arrivent pas à sortir des îlots que constituent leurs bases. Autour, ils sont totalement encerclés. De plus, l’arrivée de nouveaux matériels lourds d’Africa Corps ne va rien changer. Ces véhicules blindés et ces chars russes sont inefficaces face à des insurgés qui se déplacent en moto. Grâce à un réseau extrêmement dense d’informateurs parmi la population, les jihadistes sont au courant du moindre mouvement sur le terrain ».
Par Les Observateurs / Guillaume Maurice avec France 24

