Rwanda : quand un pays majoritairement chrétien ferme des milliers d’églises

Le Rwanda demeure l’un des pays africains où le christianisme est le plus ancré. D’après le recensement national de 2024, près de 93 % des Rwandais se déclarent chrétiens. Pourtant, depuis plusieurs années, les autorités ont engagé une vaste opération de régulation du secteur religieux, entraînant la fermeture de milliers d’églises, principalement évangéliques.

Une réforme engagée depuis 2018

La politique de contrôle des lieux de culte remonte à 2018, avec l’introduction de nouvelles normes encadrant l’activité des églises. Ces mesures imposent des exigences strictes en matière de sécurité des bâtiments, de gestion financière, de transparence des dons et de qualification des responsables religieux. Les pasteurs doivent désormais justifier d’une formation reconnue en théologie.
Les églises sont également tenues de présenter chaque année un plan d’action, précisant leur contribution aux valeurs nationales et au développement du pays.

Des conditions encore durcies en 2025

En mars 2025, le gouvernement a renforcé ce dispositif en exigeant que chaque église fournisse au moins 1 000 signatures de fidèles pour obtenir ou conserver son autorisation de fonctionnement. Une mesure qui complique davantage la situation de nombreuses communautés religieuses, notamment dans les zones rurales.
Selon des sources locales, ces différentes réformes ont conduit à la fermeture d’environ 10 000 églises à travers le pays.

Paul Kagame assume sa position

Le président Paul Kagame ne cache pas sa fermeté sur la question. Lors d’une conférence de presse fin novembre, il a tenu des propos particulièrement critiques à l’égard de certaines églises, allant jusqu’à déclarer :
« Si cela ne tenait qu’à moi, je ne rouvrirais même pas une seule église. »
Interrogeant leur impact réel sur la société, il a poursuivi :
« Face aux défis de développement auxquels nous sommes confrontés, quel est le rôle de ces églises ? Créent-elles des emplois ? »

Le chef de l’État accuse certaines structures religieuses de pratiques frauduleuses, estimant que « beaucoup ne font que voler » et que certaines églises servent de « tanières de bandits ».

Un héritage colonial remis en cause

Pour Paul Kagame, l’influence actuelle de l’Église s’inscrit dans une continuité historique problématique. Il considère la religion comme un héritage du colonialisme, affirmant que les populations ont été trompées par les colonisateurs et continuent d’en subir les effets.

Entre régulation et liberté religieuse

Les autorités rwandaises défendent ces décisions comme un moyen de lutter contre les abus, les escroqueries et les dérives sectaires. Toutefois, plusieurs observateurs et organisations de défense des droits humains s’interrogent sur les conséquences de ces mesures pour la liberté de culte.

Dans un pays où l’État exerce un contrôle rigoureux sur la vie publique, le débat reste ouvert : peut-on encadrer strictement la religion sans restreindre la liberté de foi ? Le Rwanda, lui, semble avoir fait son choix en privilégiant l’ordre, la discipline et la conformité aux priorités nationales.

Par Rodrigue Izumo

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