Cameroun : Rentrée Parlementaire : De la doyenne à la benjamine : l’Assemblée nationale célèbre la transmission intergénérationnelle.

 

Le Palais des Verres a vibré ce mardi 10 mars 2026 au rythme de la cérémonie solennelle marquant l’ouverture de la première session ordinaire de l’année législative. Une journée de contrastes où le recueillement face à la disparition d’une figure emblématique a cédé la place à l’espérance incarnée par la nouvelle génération.

Un hémicycle en demi-teinte entre mémoire et renouveau

La grande verrière du Palais des Verres laissait filtrer une lumière tamisée sur l’hémicycle, comme pour adoucir la solennité de l’instant. Ce mardi 10 mars 2026 restera dans les annales du parlement camerounais comme une journée charnière, placée sous le double signe du deuil et de la renaissance institutionnelle.

La cérémonie d’ouverture de la première session ordinaire s’est déroulée sous la présidence du Très Honorable Cavayé Yéguié Djibril, pilier de l’institution parlementaire, entouré pour la circonstance du Chef du gouvernement, le Premier Ministre Chief Dr Joseph Dion Ngute, et de l’intégralité de ses ministres. Une présence gouvernementale quasi plénière qui témoigne de l’importance stratégique accordée à cette rentrée politique.

Adieu à Laurentine Koa Mfegue : la voix d’une génération s’éteint

Avant même que les travaux puissent débuter, une émotion palpable a saisi l’assistance. L’ombre de l’Honorable Laurentine Koa Mfegue planait sur cette cérémonie. Disparue brutalement en janvier dernier, celle qui fut longtemps la mémoire vivante de l’institution et doyenne d’âge sortante a reçu un hommage appuyé de ses pairs.

Les discours se sont succédé à la tribune pour saluer la mémoire de cette femme d’exception, saluant son parcours, son engagement sans faille et sa sagesse légendaire qui éclairait les débats depuis des décennies. Une minute de recueillement a été observée, suspendue dans le silence respectueux d’un hémicycle debout, avant que ne s’engage la passation d’un héritage protocolaire lourd de symboles.

Marlyse Rose Soppo Ntone : l’accession naturelle à la sagesse

La disparition de Laurentine Koa Mfegue a mécaniquement rebattu les cartes au sein du Bureau d’âge, cette instance transitoire chargée de piloter les premiers pas de la session. Conformément aux usages républicains et au règlement intérieur de la Chambre basse, c’est l’Honorable Marlyse Rose Soppo Ntone qui a été installée dans ses nouvelles fonctions de Doyenne d’âge.

À 78 ans, cette vétérane de la politique camerounaise accède donc naturellement au perchoir provisoire, forte d’une expérience parlementaire riche et d’une connaissance intime des arcanes de l’institution. Dans son propos liminaire, visiblement émue par les circonstances de son accession, elle a rendu un hommage appuyé à sa prédécesseure tout en appelant ses collègues à faire preuve de « cohésion et de hauteur de vue » durant les semaines à venir.

Nafissatou Alim, 26 ans : le visage du renouveau générationnel

Mais c’est sans conteste l’installation de la benjamine de l’Assemblée qui a cristallisé l’attention des observateurs et insufflé une dynamique nouvelle à cette ouverture de session. L’Honorable Nafissatou Alim, fraîchement élue et forte de ses 26 printemps, a pris place au sein du Bureau provisoire, symbole vivant du rajeunissement de la représentation nationale.

Son sourire juvénile contrastait avec la gravité des visages aguerris qui l’entouraient, offrant une image saisissante de ce que pourrait être l’avenir du parlement camerounais. Dans une brève déclaration, la jeune élue du Nord s’est dite « consciente de la responsabilité qui incombe à sa génération » et a appelé à « une politique plus proche des préoccupations de la jeunesse ».

Les constitutionnalistes présents dans les tribunes n’ont pas manqué de souligner la portée symbolique de ce binôme doyenne-bénjamine, véritable allégorie de la continuité républicaine où l’expérience transmet le flambeau à la relève prometteuse.

Les enjeux d’une session qualifiée de « cruciale »

Au-delà des considérations protocolaires et symboliques, c’est bien sur le fond que cette session de mars 2026 suscite les plus grandes attentes. Qualifiée de « cruciale » par de nombreux éditorialistes, elle s’annonce dense et potentiellement déterminante pour la suite de la législature.

Plusieurs chantiers législatifs majeurs attendent en effet les députés dans les semaines à venir, alors que le calendrier politique national commence à s’orienter vers les échéances futures. L’examen du budget rectificatif, d’éventuelles réformes institutionnelles promises par l’exécutif, sans oublier les traditionnelles questions orales au gouvernement : l’agenda s’annonce chargé pour les représentants de la nation.

Le Premier Ministre Chief Dr Joseph Dion Ngute, présent dans l’hémicycle aux côtés de son gouvernement, a d’ailleurs esquissé dans ses échanges de couloir les grandes priorités de l’exécutif pour cette session, évoquant notamment « la poursuite des grands chantiers de développement et le renforcement de la décentralisation ».

Les coulisses d’une cérémonie sous haute vigilance

Dans les allées du Palais des Verres, l’effervescence était palpable bien avant l’ouverture officielle de la séance. Les services de sécurité avaient été renforcés, conscients de l’importance de l’événement et de la présence simultanée des plus hautes autorités de l’État.

Les journalistes, nombreux à avoir fait le déplacement, guettaient la moindre déclaration, le moindre aparté significatif entre les personnalités politiques. Les photographes, eux, rivalisaient d’ingéniosité pour capturer l’instant symbolique de l’installation du nouveau Bureau d’âge, avec cette image forte d’une doyenne septuagénaire encadrant une benjamine tout juste sortie de l’université.

Une ouverture qui fixe le cap d’une législature sous le signe du renouveau

Alors que les derniers invités quittaient la tribune d’honneur et que les députés regagnaient leurs circonscriptions respectives avant la reprise effective des travaux, une certitude s’imposait : cette ouverture de session aura marqué les esprits.

En réussissant le pari délicat de conjuguer l’hommage dû à une disparue, l’accession légitime d’une nouvelle doyenne et l’intégration symbolique de la jeunesse parlementaire, l’Assemblée nationale a donné d’elle-même une image renouvelée, celle d’une institution certes ancrée dans la tradition républicaine mais résolument tournée vers l’avenir.

Reste désormais aux députés à transformer l’essai sur le fond, en faisant de cette session de mars le théâtre de débats constructifs et de décisions à la hauteur des attentes des Camerounais. Le chemin est tracé ; l’heure n’est plus aux symboles mais bien à l’action législative.

Par Georges Domo 

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