Cameroun : Il y a 10 ans mourait Monique Koumatekel : Anicet Ekane, qui avait dénoncé le drame, n’est plus là pour témoigner
Partager la publication "Cameroun : Il y a 10 ans mourait Monique Koumatekel : Anicet Ekane, qui avait dénoncé le drame, n’est plus là pour témoigner"
Dix ans après, le souvenir de cette mère de famille décédée faute de prise en charge rapide reste vif dans les mémoires. Une affaire devenue symbole des dysfonctionnements du système hospitalier camerounais, qui a également marqué les esprits par le destin tragique de ceux qui ont dénoncé le drame.
C’était il y a dix ans jour pour jour. Le 13 mars 2016, Monique Koumatekel, une jeune femme d’environ 31 ans, enceinte de jumeaux, perdait la vie à l’hôpital Laquintinie de Douala. Un drame qui allait rapidement dépasser le cadre familial pour devenir un symbole des souffrances endurées par des milliers de Camerounais face aux lacunes du système de santé publique.
Ce jour-là, Monique Koumatekel se présente à l’hôpital Laquintinie, souffrant de douleurs liées à sa grossesse. Selon les témoignages recueillis auprès de sa famille, le personnel soignant aurait conditionné sa prise en charge au paiement préalable de certains frais médicaux. Pendant que l’administration réclamait les documents et les sommes nécessaires, l’état de la jeune femme se serait dégradé. Peu de temps après, elle était déclarée morte, laissant derrière elle une famille anéantie et deux enfants à naître qui n’ont pas survécu.
Un tollé national et des images devenues symboliques
L’émotion est alors immense au Cameroun. L’affaire fait la une des journaux et enflamme les réseaux sociaux, où de nombreux internautes dénoncent un système hospitalier « à deux vitesses » et l’humiliation que représentent les demandes de paiement avant soin, même en situation d’urgence vitale.
Les images marquantes de cette période restent celles d’Anicet Ekane et de Dieudonné Yebga, figures de la société civile, arpentant les abords de l’hôpital. Pancartes à la main, ils dénoncent ce qu’ils qualifient de « grave dysfonctionnement dans le système hospitalier au Cameroun ». Leur action, relayée par la presse, contribue à maintenir la pression sur les autorités pour que la lumière soit faite sur ce drame.
Le destin tragique d’Anicet Ekane
Le parcours de ce militant, immortalisé ce jour-là pancarte à la main, a connu une fin tragique. Anicet Ekane, figure historique de la lutte pour la transparence et les droits humains au Cameroun, est décédé quelques années plus tard dans des conditions qui restent sujettes à controverse.
Incarcéré à la prison centrale de Douala dans le cadre d’une affaire qui divisait l’opinion, Anicet Ekane y est mort, suscitant une nouvelle vague d’émotion dans le pays. Pour ses partisans et de nombreux observateurs, son décès en détention est venu s’ajouter à la liste des drames judiciaires et pénitentiaires que le militant n’avait cessé de dénoncer tout au long de son engagement.
Ainsi, le combat pour la vérité sur la mort de Monique Koumatekel et le destin d’Anicet Ekane se sont tragiquement entremêlés dans la mémoire collective camerounaise.
Un tournant dans le débat sur la santé publique ?
Dix ans plus tard, cette affaire est souvent citée comme un électrochoc. Si elle n’a pas résolu d’un coup les problèmes structurels des hôpitaux publics (manque de moyens, exigences de paiement préalables, urgences saturées), elle a durablement marqué les consciences.
La mort de Monique Koumatekel a :
· Réveillé le débat sur l’obligation de soigner, quel que soit le statut financier du patient.
· Remis sur le devant de la scène la question de la couverture sanitaire universelle, qui progresse lentement mais fait désormais partie des priorités affichées par les pouvoirs publics.
· Renforcé la vigilance des associations de défense des droits des patients, qui n’hésitent plus à dénoncer publiquement les cas de maltraitance ou de non-assistance.
Ce 13 mars 2026, de nombreux Camerounais, notamment sur les réseaux sociaux, ont tenu à rendre hommage à Monique Koumatekel et à Anicet Ekane. Leurs noms restent associés, chacun à leur manière, à la lutte pour un système de santé plus humain, une justice plus équitable et un Cameroun où l’on ne meurt plus faute de soins ou de liberté d’expression.
Par Georges Domo

