Sénégal : après 7 ans de cavale, le meurtrier présumé d’une étudiante italienne condamné à perpétuité à Diourbel

Il aura fallu sept années, une traque internationale et une patiente enquête pour mettre fin à la cavale de D. Bâ, Sénégalo-Italien de 40 ans. Jugé ce mardi par la Chambre criminelle de Diourbel pour l’assassinat de sa compagne, Valentina Tarallo, survenu en 2016 à Genève, l’homme a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Un dénouement implacable pour un accusé qui n’a cessé de clamer son innocence.

Genève, nuit du 11 avril 2016 : un drame sur l’avenue de la Croisette

Il est aux alentours de 23 heures lorsque des cris de panique déchirent le calme de l’avenue de la Croisette, à Genève. Depuis leurs balcons, des voisins aperçoivent un homme noir prendre la fuite en courant. À terre, une jeune femme gît dans une mare de sang. Il s’agit de Valentina Tarallo, 28 ans, étudiante italienne sur le point de décrocher son doctorat en physiologie cellulaire.

Évacuée en urgence, elle succombe le lendemain à un traumatisme crânio-cérébral sévère. Sur place, la police scientifique découvre l’arme du crime : un tube en fer. Les analyses ADN sont formelles : le sang de la victime y est mêlé à celui de son compagnon, D. Bâ, identifié à deux endroits distincts de l’objet.

Sept ans de cavale et d’emprunts d’identité

Dès l’annonce du décès, l’enquête bascule. D. Bâ, 40 ans à l’époque, éteint ses téléphones et quitte précipitamment la Suisse. Les caméras de vidéosurveillance le filment successivement dans des bus et des trains. Un dernier appel passé à un compatriote ne laisse aucun doute : le fugitif a pris la route du Sénégal.

Saisie en octobre 2018 par le parquet de Genève, la Section de recherches de Dakar se met en chasse. Mais l’homme est insaisissable. De Saint-Louis à Kolda, en passant par Dakar et Keur Mbaye Fall, il s’évanouit régulièrement dans la nature, roulant désormais sous un nom d’emprunt : El Hadj Sow.

Sa cavale prend fin en avril 2023, à Diourbel. Alors qu’il tente de vendre sa villa de Keur Mbaye Fall pour 80 millions de francs CFA, les gendarmes l’interpellent. Sept ans après les faits, la boucle est bouclée.

Un procès sous haute tension à Diourbel

Ce mardi, devant la Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Diourbel, l’ambiance est lourde. Dans le public, les proches de Valentina Tarallo, venus spécialement de Suisse, tentent de contenir leur émotion. À la barre, l’accusé affiche une sérénité qui glace l’assistance.

Sa version ? Le couple aurait été agressé dans une ruelle sombre par des dealers de drogue réclamant une dette à l’étudiante. S’il a couru, assure-t-il, c’était uniquement pour « sauver sa vie ». Et s’il a changé d’identité, c’était par peur que la justice helvétique ne le croie pas.

« Je n’ai pas tué ma douce Valentina », martèle-t-il, le regard fuyant.

Le réquisitoire implacable du parquet

Mais le ministère public ne l’entend pas de cette oreille. Face au déni total de l’accusé, le procureur rappelle froidement les faits : l’ADN sur l’arme du crime, la fuite organisée, les années de cavale, les faux papiers.

« Cet homme a été nourri, logé et blanchi à Genève par celle qu’il a assassinée », tonne le magistrat. « Et il n’a pas un mot de regret. Pas une once de remords. »

Fustigeant « la froideur d’un prédateur », le parquet requiert la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une amende record.

Verdict : perpétuité et un milliard de francs CFA

Après plusieurs heures de délibéré, la Chambre criminelle rend son verdict. D. Bâ, alias El Hadj Sow, est reconnu coupable d’« assassinat avec actes de barbarie, usurpation d’identité, complicité et usage de faux en écriture publique ».

La sentence tombe, implacable : réclusion criminelle à perpétuité. L’accusé devra en outre verser un milliard de francs CFA de dommages et intérêts aux héritiers de Valentina Tarallo.

Dans la salle, un sanglot étouffé éclate du côté de la famille de la victime. L’accusé, lui, reste de marbre. Il a quelques jours pour faire appel.

Au-delà du drame personnel, cette affaire ravive la question épineuse des cavaliers internationaux. Pendant sept ans, un suspect recherché par Interpol a pu circuler librement au Sénégal, y acheter une villa et changer plusieurs fois d’identité.

Certaines voix s’élèvent désormais pour réclamer un renforcement de la coopération judiciaire entre Dakar et Genève, afin qu’un tel scénario ne se reproduise plus.

Pour Valentina Tarallo, la justice a parlé. Mais pour sa famille, le deuil, entamé il y a neuf ans, ne fait peut-être que commencer.

Par Cherif Keita 

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