Tchad : Allahguermadji Djimognan Bégui : « L’Afrique est menacée par la mauvaise gouvernance, non par l’ingérence extérieure »

 

Dans une tribune sans concession, l’écrivain tchadien dénonce la tendance à accuser l’extérieur et appelle les Africains à assumer leurs propres responsabilités.

Alors que les débats sur l’avenir du continent africain se multiplient, une voix tchadienne s’élève pour bousculer les certitudes. Allahguermadji Djimognan Bégui, écrivain et auteur de deux ouvrages, livre une analyse sans complaisance : selon lui, la principale menace pour l’Afrique n’est pas l’ingérence extérieure, mais bien la mauvaise gouvernance. Une tribune qui ne laisse personne indifférent.

Longtemps, le récit dominant a désigné l’ingérence extérieure héritage colonial, pressions internationales, mondialisation inéquitable  comme la cause première des maux du continent. Un récit commode, selon notre contributeur, car il permet d’éviter un examen intérieur plus douloureux. Allahguermadji Djimognan Bégui, écrivain tchadien résolument lucide, refuse cette facilité.

Dans une tribune qu’il nous a confiée, il prend position avec une clarté rare : la menace la plus grave pour l’Afrique aujourd’hui, c’est la mauvaise gouvernance. Et non les fantômes d’un passé colonial ou les pressions d’un monde extérieur toujours commodes à accuser.

Nous publions ci-dessous l’intégralité de son message, conformément à son engagement d’écrivain et à son droit à la libre expression.

« Qu’est-ce qui menace le plus souvent l’avenir de l’Afrique ? »

Par Allahguermadji Djimognan Bégui
Écrivain tchadien, auteur de « La santé, un levier de développement, le miroir de l’hygiène, un regard sur la société tchadienne » (éditions Toumaï, Tchad) et « Mon enfant, mon seul espoir » (éditions Bookelis, France)

Qu’est-ce qui menace le plus souvent l’avenir de l’Afrique ? C’est l’ingérence extérieure ou la mauvaise gouvernance ?

On affirme souvent que les difficultés de l’Afrique sont principalement dues à l’ingérence extérieure.

Nous ne nions pas l’histoire coloniale, la mondialisation ou que certaines pressions internationales ont eu un impact direct sur l’Afrique.

Mais affirmer de nos jours que l’ingérence extérieure est une menace pour l’Afrique, c’est refuser de voir ses propres responsabilités, c’est refuser d’admettre la vérité, refuser le changement, refuser d’écouter la voix du peuple.

Il est facile d’accuser le vent que de construire le toit, il est facile de pointer l’extérieur que d’examiner l’intérieur.

Ainsi, j’affirme avec certitude que l’Afrique est menacée par la mauvaise gouvernance et non par une ingérence extérieure.

Depuis plusieurs décennies, certains pays africains n’ont pas connu le progrès, ils ne font que tourner en rond en bafouant les valeurs démocratiques.

Confère : Mon enfant, mon seul espoir, publié en France aux éditions Bookelis.

Allahguermadji Djimognan Bégui
Écrivain tchadien.

Au-delà de la tribune, c’est toute une réflexion sur la responsabilité africaine que nous livre l’auteur. Originaire du Tchad, Allahguermadji Djimognan Bégui connaît bien les réalités de son pays et du continent. Dans ses deux ouvrages – l’un publié au Tchad aux éditions Toumaï, l’autre en France aux éditions Bookelis – il explore déjà les liens entre développement, santé, éducation et gouvernance.

Avec cette prise de parole publique, il franchit un pas supplémentaire : celui de l’engagement civique et intellectuel. Son message, volontairement provocateur pour certains, assume de déplacer le curseur du débat. Loin des accusations systématiques contre l’extérieur, il invite ses compatriotes et l’ensemble des Africains à un examen de conscience collectif.

« Accuser le vent » ou « construire le toit » ?

La formule est frappante et résume à elle seule sa thèse : « Il est facile d’accuser le vent que de construire le toit. » Autrement dit, il est plus simple de désigner un coupable extérieur que d’entreprendre le travail difficile, quotidien, parfois ingrat de la bonne gouvernance.

Pour l’écrivain tchadien, ce changement de regard est une condition sine qua non pour sortir de l’impasse. Tant que les élites africaines et les populations continueront de se réfugier derrière le mythe d’une ingérence extérieure omnipotente, elles ne regarderont pas en face les véritables responsables : la corruption, le clientélisme, l’absence d’État de droit, le mépris des valeurs démocratiques, l’impunité des dirigeants.

Un appel à la responsabilité individuelle et collective

Ce texte n’est pas un réquisitoire contre le peuple africain, bien au contraire. C’est un appel à sa lucidité et à sa force. En affirmant que la menace vient de l’intérieur, Allahguermadji Djimognan Bégui rend paradoxalement aux Africains leur pouvoir : celui de changer les choses par eux-mêmes, sans attendre que l’extérieur se transforme ou disparaisse.

Car si le problème est la mauvaise gouvernance, alors la solution est entre les mains des citoyens et des dirigeants africains. Elle ne dépend ni de Paris, ni de Washington, ni de Pékin. Elle dépend des urnes, de la société civile, de la presse libre, de la justice indépendante, de la conscience de chacun.

« Refuser d’écouter la voix du peuple »

L’un des passages les plus forts de sa tribune est celui où il accuse ceux qui persistent à invoquer l’ingérence extérieure de « refuser d’écouter la voix du peuple ». Une formule lourde de sens. Car si les peuples africains souffrent, ce n’est pas d’abord à cause d’un complot extérieur. C’est parce que leurs dirigeants, trop souvent, les trahissent, les spolient, les répriment.

L’écrivain tchadien ne dit pas autre chose : la dictature, la corruption, l’absence de services publics, la prédation des ressources, rien de tout cela n’est imposé de l’extérieur. Ce sont des choix politiques internes. Des choix que les peuples subissent, mais aussi, parfois, des choix qu’ils tolèrent par résignation ou par peur.

Une invitation à lire ses ouvrages

Pour ceux qui souhaiteraient approfondir sa pensée, Allahguermadji Djimognan Bégui renvoie à son dernier ouvrage, Mon enfant, mon seul espoir, publié en France aux éditions Bookelis. On y trouverait, selon ses dires, une réflexion plus large sur l’avenir des jeunes Africains, sur l’éducation, sur la transmission des valeurs et sur l’espoir – un espoir qui ne peut advenir, selon lui, que si l’on cesse de se chercher des excuses extérieures.

Son premier livre, La santé, un levier de développement, le miroir de l’hygiène, un regard sur la société tchadienne, publié au Tchad aux éditions Toumaï, explore quant à lui le lien entre la santé publique, l’hygiène et le développement, à travers un prisme résolument local.

Une voix à écouter

Dans un continent où les intellectuels sont parfois accusés de complaisance ou de silence, la prise de parole franche et directe d’Allahguermadji Djimognan Bégui mérite d’être saluée. On peut partager ou non son analyse. On peut estimer qu’il minimise le poids de l’ingérence extérieure, ou au contraire qu’il met le doigt sur une vérité dérangeante mais salutaire.

Une chose est sûre : sa tribune a le mérite de poser les bonnes questions. Et d’inviter chaque Africain, chaque Tchadien, à ne plus se regarder dans le miroir des autres, mais à construire  enfin  son propre toit.

La Rédaction 

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