Mauritanie : le président gracie deux députées condamnées pour des propos jugés « racistes »
Le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a accordé une grâce présidentielle à deux députées condamnées en mai dernier à quatre ans de prison ferme. Mariem Cheikh Dieng et Gamou Achour Salem, toutes deux membres de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA), avaient été reconnues coupables d’« atteinte aux symboles de l’État » et de « diffusion de propos à caractère raciste » pour avoir accusé le chef de l’État de discriminer les Noirs mauritaniens et les descendants d’esclaves.
Annoncée jeudi 9 juillet par l’agence de presse officielle, cette décision intervient un peu plus de deux mois après un procès sous haute tension sécuritaire. Les deux élues avaient qualifié le président Ghazouani de mentor de « l’apartheid en Mauritanie » sur les réseaux sociaux, des propos qui leur avaient valu, outre la peine d’emprisonnement, la privation de leurs droits civiques, la confiscation de leurs téléphones et la fermeture de leurs comptes en ligne.
Un geste politique à double tranchant
En usant de son droit de grâce, le chef de l’État met fin à une affaire qui avait suscité une vive émotion au sein de la société civile et des organisations de défense des droits humains. Pour ses partisans, ce geste témoigne d’une volonté d’apaisement et d’ouverture. Pour ses détracteurs, il ne saurait occulter le fond du problème : la persistance d’une discrimination systémique à l’encontre des communautés noires et haratines, descendants d’esclaves affranchis.
Officiellement aboli en 1981, l’esclavage continue en effet de marquer la société mauritanienne, malgré le durcissement des sanctions pénales en 2015. Selon le Global Slavery Index, entre 10 et 20 % de la population – soit jusqu’à 680 000 personnes sur 5,5 millions d’habitants – vivaient encore dans des conditions serviles en 2012, une réalité que les défenseurs des droits dénoncent comme toujours actuelle.
La grâce présidentielle, qui intervient alors que le pays s’apprête à célébrer le 64e anniversaire de son indépendance, a été accueillie avec soulagement par l’entourage des deux élues. Reste que leur libération ne clôt pas le débat : en Mauritanie, la ligne rouge entre liberté d’expression et respect des symboles de l’État demeure floue, et les voix qui dénoncent les inégalités raciales continuent de s’élever dans un climat souvent tendu.
Les deux députées, désormais libres, pourront-elles retrouver leur mandat ? Leur peine de privation des droits civiques, non levée par la grâce, laisse planer une incertitude sur leur avenir politique. Une épine dans le pied d’un pouvoir qui, en tendant la main, n’a pas pour autant désamorcé les tensions qui couvent dans les profondeurs de la société mauritanienne.
Par Ousmane Diallo

