Niger : Mariama Djibrine, dite Mayra, perd provisoirement sa nationalité pour « atteinte aux intérêts de l’État »

Le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État nigérien, a signé jeudi un décret prononçant la déchéance provisoire de la nationalité de Mariama Djibrine, figure emblématique de l’opposition aux autorités militaires. Une décision qui marque un nouveau tournant dans la répression des voix critiques, alors que le pays est dirigé par une junte depuis le coup d’État de juillet 2023.

Connue sous le nom de Mayra, Mariama Djibrine est à la tête de l’Alliance des démocrates du Sahel (ADS), une organisation qui fédère en exil des acteurs politiques et membres de la société civile du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Son credo : un retour à l’ordre constitutionnel et la restauration de gouvernements civils. Autant dire que cela ne fait pas franchement des étincelles avec la clique au pouvoir à Niamey.

Les autorités lui reprochent pêle-mêle la diffusion de « données de nature à troubler l’ordre public », l’incitation à la révolte, et surtout – la charge la plus lourde – une « intelligence avec une puissance étrangère ». De quoi justifier, selon le régime, l’application d’une ordonnance de 2024 qui permet de déchoir de leur nationalité toute personne ou entité jugée « nuisible aux intérêts fondamentaux de l’État ». Une loi taillée sur mesure, diront certains.

Avec cette mesure, Mariama Djibrine se retrouve dans une situation pour le moins inconfortable : apatride provisoire, exclue d’un pays qu’elle a pourtant combattu pour voir redevenir démocratique. Ironie du sort, ceux qui l’accusent de troubler l’ordre public sont précisément ceux qui ont renversé l’ordre constitutionnel en premier lieu.

La déchéance est qualifiée de « provisoire », mais personne ne se hasarde à parier sur une levée anticipée. En attendant, Mayra continue depuis l’exil à dénoncer ce qu’elle considère comme une dérive autoritaire. Les autorités nigériennes, elles, poursuivent leur quadrillage des opposants, armées de décrets et d’ordonnances qui se multiplient à mesure que la contestation s’éloigne du territoire.

L’affaire promet de faire couler de l’encre, et pas seulement au Niger : dans tout le Sahel, où les régimes militaires successifs justifient leurs mesures d’exception par la lutte contre l’insécurité. Mais quand la sécurité sert d’alibi pour museler les dissentiments, on peut légitimement s’interroger : qui menace vraiment l’ordre, de celle qui réclame des élections ou de ceux qui refusent de les organiser ?

Par Cherif Keita 

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