Burkina Faso : l’État sévit, deux policiers révoqués pour un détournement de 45 millions de FCFA.
La lutte contre la gabegie au sein des forces de défense et de sécurité burkinabè vient de connaître un nouvel épisode marquant. Réuni ce jeudi sous la présidence du Capitaine Ibrahim Traoré, le Conseil des ministres a prononcé la révocation de deux officiers de la Police nationale, reconnus coupables de détournement de fonds publics. La somme en jeu, 45 216 000 FCFA, était fléchée pour les opérations de l’Unité Mobile d’Intervention (UMI), basée à Koin, une zone sensible de la région des Bankui.
Des gestionnaires de confiance mis en cause
Les faits reprochés aux deux agents concernent la gestion des ressources allouées à cette unité d’élite, en première ligne dans la sécurisation du territoire. Selon le rapport soumis au gouvernement par le Commissaire divisionnaire Mahamadou Sana, les prévenus occupaient des postes stratégiques au sein de la Direction régionale de la Police Nationale des Bankui.
Il s’agit du Lieutenant Tiao B. Nicolas (matricule 90 605 X), chef du service administratif et financier, et du Sergent-chef Ilboudo Pawentoré Marcelin (matricule 309 147 H), responsable de la logistique. En usant de leurs prérogatives, ils auraient détourné une enveloppe destinée à la prise en charge des opérations de combat, privant ainsi une unité d’intervention de moyens vitaux dans un contexte sécuritaire déjà critique.
En entérinant cette révocation, le Conseil des ministres applique avec rigueur la loi n°027-2018 portant statut du cadre de la Police nationale, et le décret n°2019-0406 régissant la discipline générale au sein de l’institution. Cette décision intervient alors que les autorités, dans le cadre de la Révolution Progressiste Populaire, multiplient les discours appelant à une gestion plus vertueuse des deniers publics.
Au-delà de la sanction individuelle, ce cas illustre la volonté du gouvernement de briser l’impunité, y compris au sein des échelons intermédiaires de la hiérarchie sécuritaire. Alors que le pays est engagé dans une guerre de haute intensité contre les groupes armés, chaque franc détourné est considéré comme un obstacle à l’effort de guerre national.
Par ailleurs, le Conseil des ministres a profité de cette session pour adopter deux décrets relatifs à la refonte du Code de l’urbanisme et de la construction, voté le 3 mars dernier. Ces nouveaux textes visent à simplifier les procédures d’agrément pour les entreprises du bâtiment, notamment les PME naissantes, tout en clarifiant les règles de délivrance des permis de construire.
L’affaire des deux policiers révoqués, qui a fait grand bruit dans les couloirs du pouvoir, confirme que la transparence devient une condition sine qua non pour tout agent de l’État burkinabè, quel que soit son grade.
Par Frédéric Konaté

