Afrique : Alioune Diallo, Président de L’ONG OTRA AFRICA, présente l’Immigration clandestine au Sénégal et en Afrique et évoque les grosses difficultés auxquelles font face les États et les acteurs du milieu;
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<<L’Immigration clandestine, une économie souterraine >>
Bonjour. Je suis Souleymane Alioune Diallo. Analyste consultant et technicien en coopération internationale. Président de l’ONG internationale , OTRA Africa, une organisation internationale à but non lucratif, créé en janvier 2008 en Espagne. Organisation que je dirige pour le Sénégal depuis 2010 jusqu’à ce jour.
Comment, pouvez -vous nous présenter l’Immigration irrégulière au Sénégal et de façon générale en Afrique ?
L’immigration irrégulière est aujourd’hui un véritable fléau en Afrique. Le Sénégal qui est positionné en avant, par rapport à la Méditerranée à l’océan Atlantique, est un pays de départ, de transit pour les pays de la sous- région : le Liberia, la sierra Leone, la Guinée, le Burkina-faso…. C’est donc un carrefour de départ, ce qui fait que le fléau affecte énormément les populations. Un fléau qui décime la jeunesse africaine. Il n’est pas seulement sénégalais. C’est une équation à résoudre pour l’ensemble de la sous-région. C’est très difficile de voir nos enfants périr dans la Méditerranée et il manque vraiment une réaction coordonnée particulièrement des états de l’Afrique de l’Ouest; qui ont en commun cette libre circulation des personnes et des biens et qui ; montrent aujourd’hui des failles par rapport des dispositions communes pour endiguer ce fléau.
Comment se défend tout de même le Sénégal , face à la situation ?
Ouiii, comme je l’ai dit tantôt, c’est un fléau qui dépasse aujourd’hui le Sénégal. Il ya des milliers de centaines de jeunes qui meurent dans l’océan Atlantique. Nous avons parfois des difficultés pour savoir d’où ils viennent , qui , ils sont. Certains ont parfois le statut d’asile, ceux-là , il est difficile de les refouler. Il faut examiner leurs dossiers minutieusement, car certains viennent des pays qui sont vraiment des foyers de tension.On ne peut donc pas les refouler, car leurs ressortissants sont directement éligibles à l’asile.ça complique parfois le travail . Compte tenu de tout ça, il y a une complexité par rapport à l’identification de ces émigrés ; parfois leur origine normale n’est pas connue. Il faut donc que les Etats se concertent pour donner des alternatives réelles et concrètes ; par rapport à la situation .Il faut une large concertation des États pour faciliter l’immigration de nos jeunes. Voir comment lever cette restriction à la mobilité de nos jeunes. Les pays occidentaux ont des programmes d’accompagnement de jeunes africains , les Américains le code de la paix, les français ont les volontaires, les scouts , les Japonais , Coréens le Koïka etc. Nous africains , qu’avons -nous pour accompagner nos jeunes ? Il faut aussi retenir : la migration est un droit naturel. Dans certains pays, les jeunes veulent immigrer normalement.
Si les animaux transhument pour venir vers ici , alors pourquoi les hommes ne doivent pas voyager d’une façon libre et organisée ?
Tout le monde indexe les passeurs, qu’en dites -vous ?
Effectivement.Vous savez autour de ces voyages , c’est tout un système .Il ne faut pas seulement penser que ce sont les passeurs. Les passeurs sont un maillon, de ce cycle. C’est un processus. Il ya le voyageur, le démarcheur qui cherche les clients, il y a le fabricant de pirogues , ceux qui se chargent de la géolocalisation de la destination, les denrées alimentaires, moteur, l’essence. C’est une économie souterraine qui est autour de l’immigration irrégulière . Sachez également que la Mer est très large, on ne peut pas la contrôler, arrêter tout pilote qui sort, qu’il est un clandestin, même si on mobilise toute la marine nationale. Ce n’est pas facile pour tout un État.il y aura toujours une portion où les bateaux pourraient sortir. La sortie de pirogue pour une destination clandestine est tout à fait possible.
Qu’est-ce qu’il faut alors pour endiguer le fléau ?*
Qu’est ce qu’il faut par rapport à ça ?
c’est là qu’il faut vraiment travailler entre Etats, il faut coordonner de façon efficiente et trouver des alternatives par rapport à la migration irrégulière.
Vous savez, c’est toujours une attraction quand on interdit une chose. Aujourd’hui il est très difficile d’avoir un visa pour l’espace Schengen . Parfois , on se demande pourquoi les gens courent derrière le visa Schengen ? Pourquoi les gens ne trouvent pas d’alternatives dans les autres pays et abandonner l’espace Schengen. Il y a les pays asiatiques, les pays Arabiques. Il faut aujourd’hui que les africains s’asseyent et réfléchissent ensemble pour trouver des mécanismes et solutions. Le Sénégal seul ne peut pas régler ce problème . Si aujourd’hui le Sénégal par l’esprit de réciprocité ferme ses frontières et exige des visas aux occidentaux et que la Côte d’Ivoire, la Guinée, ouvrent leurs frontières pour permettre aux autres de rentrer par là , Il n’aura pas d’effet ; au contraire le Sénégal sera victime de sa politique.
*Justement à propos l’ONG OTRA AFRICA qui lutte contre l’immigration irrégulière depuis des années, s’apprête à organiser un colloque international , de quoi s’agit-il exactement ?*
C’est donc dans ce cadre de lutte contre ce fléau que , nous ONG internationale Otra Africa, sur fonds propres nous voulons organiser à Dakar entre le 10 et 12 avril 2025 , un colloque international sur les questions migratoires où il y aura 12 ateliers sur la migration saisonnière, circulaire et irrégulière ; parler de cerveaux africains , discuter des conditions d’obtention de visa, la gestion de nos frontières, les questions de rapatriement des corps, de l’investissement des africains de l’extérieur, de la Diaspora Africaine. Aujourd’hui quelle est la politique par rapport à la mobilité de nos étudiants, à nos artistes, à la politique de l’assurance, les questions de nationalité, d’État Civil…..
C’est pourquoi, nous Otra Africa nous prenons à cœur et à bras le corps pour réunir des experts de partout, du Sénégal, de l’Espagne, du Mali, de la France, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire et essayer de trouver ensemble des solutions ou des alternatives par rapport à la migration irrégulière. Nous voulons préciser ici que , quand nos homologues organisent des rencontres ou séminaires, elles sont financées par des partenaires multilatéraux . Mais comme je l’ai dit plus haut, nous le faisons sur fonds propres.Je vous remercie.
Propos recueillis par Alain MARTIAL.

