Afrique :OAPI :« Indications géographiques » brésiliennes : un modèle à suivre pour la propriété intellectuelle africaine ?

Yaoundé est le siège de l’Organisation africaine de la Propriété intellectuelle (OAPI). Une organisation largement méconnue en Afrique centrale. Pourtant, la seconde plus ancienne organisation panafricaine fondée en 1962, juste après Air Afrique, fêtait son soixantième en 2022. Une date anniversaire qui invite à explorer de nouveaux champ des possibles en 2023.
Avec le Brésil ? Un pays-gardien de la voie navigable la plus puissante de la Terre, l’épique fleuve Amazone, peut certainement offrir bien des projections immersives entre la propriété intellectuelle et la forêt tropicale tout autour.
Si les Brésiliens ont une appréciation unique de la beauté, de la puissance et de l’importance de nos ressources en eau partagées, ils peuvent aussi susciter le partage de nouvelles ressources d’imagination et d’expérience d’innovation.
Du 15 au 25 février 2023, l’Ambassade de France au Brésil et le Consortium des gouverneurs du Nord- est ont réalisé une mission d’étude technique dans les États du Ceará, Piauí et du Maranhão qui forment la Route des émotions, afin d’améliorer l’intégration de l’agriculture familiale locale dans l’économie du tourisme durable. Le projet financé par les États concernés et le ministère français de l’Agriculture et de l’Alimentation, est une mise en application de la lettre d’intention axée sur le développement durable, signée en 2019 entre la France et le Consortium du Nord-Est, groupe qui réunit les neuf États de la région.
La mission a été conduite par un expert de l’institut national des appellations d’origine (INAO), organisme français qui encadre les « indications géographiques », mécanisme qui permet de valoriser les produits spécifiques à un lieu.
En France, les « indications géographiques » ont permis la reconnaissance internationale de plusieurs excellents produits associés à leur région d’origine, comme le champagne, le cognac et le fromage de Roquefort.
Le Brésil et la France ont déjà une longue histoire de coopération dans le domaine des « indications géographiques », comme c’est le cas du fromage Canastra du Minas Gerais.
La route des émotions, connue pour la beauté naturelle des Lençóis Maranhenses, de la vallée de Parnaíba et de Jericoacoara, possède également une riche agriculture traditionnelle. L’initiative vise donc à proposer un plan d’action pour valoriser la production agricole familiale locale, qui comprend entre autres, le cajuína, la farine de manioc, le miel et la pêche artisanale.
Après cette mission, une seconde, à plus grande échelle, sera organisée au début du second semestre de cette année pour suivre sa mise en œuvre.
Cette première mission a prévu une dizaine de rencontres avec des associations communautaires présentes le long de la Route des émotions, afin de mieux comprendre leurs modes de production et formes de gouvernance.
La mission est passée par les lieux touristiques de la Route, où les produits locaux sont commercialisés. La délégation a été reçue à Parnaíba par le gouverneur du Piauí, Wellington Dias, et a terminé son étude à São Luís par une rencontre institutionnelle avec le vice-gouverneur du Maranhão, Carlos Brandão.

Ce projet réaffirme ainsi l’engagement de la France et des États du Nord-Est en faveur du développement durable et présente un résultat direct du travail réalisé entre l’ambassade, le consulat général de France à Recife et le Consortium Nord-Est. Outre l’expert de l’INAO, participent également des représentants de l’ambassade de France, du consulat général de Recife, et du Consortium Nord- Est et des gouvernements des États de Ceará, Piauí et du Maranhão.
Cette dynamique multi-acteurs est très inspirante pour encourager de nouvelles formes de coopération vers le capital immatériel et son rayonnement des deux bords de l’Atlantique, de l’Afrique au Brésil.
L’Organisation africaine de la propriété intellectuelle qui fédère 17 Etats membres, porte un agenda ambitieux de deux nouvelles indications géographiques par Etat membre.
L’équipe EUAV Forest déployée par l’Union européenne a identifié des produits afro-futuristes qui pourraient enrichir cet agenda : noix de kola et ses circuits de distribution, alternatives non-alcoolisées au vin de palme (thé, arômes…), hévéaculture et économie circulaire, perliculture agro-écologique et ses techniques d’ornementation des vêtements avec des perles et pierres précieuses des forêts.
L’objectif de recenser des produits forestiers non-ligneux éligibles à une démarche d’indication géographique protégée, à l’instar du miel d’Oku et du poivre de Penja par exemple, continue aujourd’hui grâce à de nouveaux travaux de recherche.
Cette encyclopédie vivante et contributive appelle en permanence de nouveaux recensements : café du Fouta-Djalon, café Ziama, miel du Fouta-Djalon, Karkadé (ou oseille de Guinée).
Et explorer plus loin des débouchés d’avenir : des arbres fruitiers (safoutier) à la bouteille, une ressource naturelle au service de la médecine du XIXème siècle, la transformation du byssus de moule des rivières et cours d’eau, une matière habituellement jetée par les producteurs, en fibres textiles…
Sans oublier la transformation des produits agricoles du terroir (le manioc, l’igname, les bananes plantains, ou la patate douce…) en farines locales de haute qualité ou de matériaux biosourcés (amidon). Un champ d’étude exploré par les industries Probiomer, ViaNova Nutrition et autres entités pionnières… prêtes à transmettre le témoin à de nouvelles pépites de la New Nature Economy.

Par Kevin LOGNONÉ

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