Cameroun : Moundan Von’no : l’Union Culturelle Moundang voit le jour pour sauver et rayonner l’âme d’un peuple

Dans le silence feutré des salles de réunion ou sous les tam-tams en liesse du stade municipal, un peuple a choisi de se réapproprier sa mémoire. Les 22 et 23 avril 2026, la communauté Moundang, de part et d’autre des frontières du Cameroun, du Tchad et du Nigeria, a officiellement donné naissance à l’Union Culturelle Moundang (UCM), placée sous le leitmotiv MOUDAN VON’NO  une expression qui, dans la langue locale, résume un engagement : ne pas laisser disparaître ce qui fonde l’identité moundang.

Deux jours pour l’histoire

C’est au cœur de Kaélé, ville symbole du pays Moundang, que s’est tenue l’Assemblée Générale Constitutive. Deux journées d’une intensité rare, mêlant la rigueur des textes à la chaleur des traditions.

· 22 avril – l’acte fondateur : dans une salle comble, les membres fondateurs ont adopté les statuts et le règlement intérieur de l’UCM, avant de procéder à l’élection d’un Bureau Exécutif appelé à porter haut les ambitions culturelles de la communauté.
· 23 avril – la consécration publique : c’est au Stade Municipal de Kaélé, sous le regard d’une foule venue nombreuse, que la nouvelle organisation a été officiellement dévoilée. Danses patrimoniales, chants traditionnels et paroles solennelles ont rythmé cette cérémonie, offrant un spectacle vivant de ce que l’UCM entend protéger.

En toile de fond, une évidence : sans transmission, une culture meurt. Avec l’UCM, la communauté Moundang se dote d’un outil pérenne pour empêcher l’oubli.

 

Cinq missions pour un combat

Loin d’être un simple club culturel, l’Union Culturelle Moundang affiche une ambition aussi large que précise :

1. Préserver le patrimoine culturel, linguistique et traditionnel moundang, menacé par l’érosion des pratiques orales et la standardisation des modes de vie.
2. Promouvoir les arts, la musique, la danse et les traditions, comme leviers de fierté et de cohésion sociale.
3. Renforcer la solidarité entre les communautés Moundang du Cameroun, du Tchad, du Nigeria et de la diaspora, souvent fragilisées par l’éloignement géographique.
4. Éduquer les jeunes générations aux valeurs identitaires, pour que l’héritage des aînés ne devienne pas un simple chapitre de manuel.
5. Rayonner la culture moundang sur la scène mondiale, en sortant du seul cadre local pour investir les festivals, les colloques et les plateformes internationales.

Derrière chaque objectif, une urgence : les langues minoritaires disparaissent à un rythme alarmant, et avec elles des pans entiers de savoir-faire, de rites et de visions du monde.

Une gouvernance représentative

L’UCM ne veut pas être une tour d’ivoire. Son Bureau Exécutif a été pensé pour incarner la diversité géographique et générationnelle du peuple Moundang.

À sa tête, Sa Majesté Dr Taybe Ngaba, figure respectée et légitime, accompagné de trois vice-présidents, d’un secrétariat général dynamique, d’une trésorerie rigoureuse, de commissaires aux comptes, d’un bureau des sages (garant de la mémoire), ainsi que de conseillers stratégiques.

L’ancrage territorial est assuré par des points focaux cantonaux couvrant les cantons de Kaélé, Lara, Midjivin, Boboyo et Doumrou – maillage essentiel pour toucher les communautés rurales souvent oubliées des initiatives culturelles.

Les Chefs Traditionnels Moundang, dépositaires de l’autorité morale et coutumière, ont été unanimement nommés Membres d’Honneur, scellant ainsi le lien entre modernité associative et légitimité ancestrale.

Neuf commissions pour passer à l’action

L’UCM ne s’arrête pas aux déclarations d’intention. Neuf commissions de travail ont été instituées, couvrant des domaines aussi variés que la culture et les arts, la communication, les relations extérieures, l’éducation, la protection sociale, le développement rural, les rites funéraires, la jeunesse et les sports, ainsi que la sauvegarde linguistique.

Leur installation rapide est la priorité immédiate de la nouvelle équipe.

Prochaines étapes : du local à l’international

Dans les semaines à venir, l’UCM devra accomplir les formalités administratives pour obtenir sa reconnaissance officielle. Viendront ensuite l’élaboration d’un plan d’action annuel et une vaste campagne de mobilisation des membres dans tous les cantons moundang.

Mais c’est peut-être le FINZAM 4 qui cristallise les attentes. Cet événement culturel majeur, inscrit dans la déclaration de Léré, pourrait devenir le premier grand rendez-vous public de l’UCM l’occasion de montrer que la culture moundang n’est pas un vestige, mais une force vivante, créative et tournée vers l’avenir.

L’histoire des peuples est jalonnée d’associations culturelles qui naissent avec fracas puis s’éteignent faute de moyens ou de volonté. L’UCM semble vouloir échapper à ce destin : en s’appuyant sur une chefferie légitime, une équipe pluridisciplinaire et un ancrage territorial concret, elle mise sur la durée.

Reste un défi : transformer

l’enthousiasme des premiers jours en action continue, et la culture en véritable levier de développement économique et social pour une région souvent confrontée à l’insécurité, au climat rude et à l’isolement.

Ce week-end d’avril 2026 à Kaélé, la communauté Moundang a rappelé une vérité simple : on ne construit l’avenir qu’en assumant son héritage. À l’UCM, désormais, de prouver que cette conviction peut changer les choses.

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Par Kenzo Brown 

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