Cameroun : Visite pontificale : ces « fous » que l’on cache comme des secrets à Yaoundé
À quelques jours de l’arrivée très attendue du pape Léon XIV au Cameroun, la capitale, Yaoundé, est en pleine effervescence. Mais derrière les préparatifs des fastes officiels se cache une opération discrète qui soulève de vives interrogations. Des sources concordantes font état d’un vaste « nettoyage » des rues, ciblant spécifiquement les personnes en situation de vulnérabilité mentale.
Des témoins rapportent que, depuis plusieurs jours, des individus non identifiés, parfois assimilés à des forces de l’ordre, procèdent à des interpellations massives. Les personnes dites « fous » ou « débiles mentaux » dans le langage populaire, sont arrêtées, puis évacuées vers des destinations inconnues, en dehors du centre-ville.
Selon nos informations, ces opérations se concentrent dans les artères stratégiques que devrait emprunter le cortège papal, notamment le boulevard du 20 Mai, le quartier de la Cathédrale Notre-Dame des Victoires, ainsi que les abords de l’Hôpital Jamot et des principaux carrefours.
Une source sécuritaire, souhaitant garder l’anonymat, confie sous couvert de discrétion : « L’objectif est de présenter une capitale accueillante et sécurisée pour le Saint-Père. Les autorités craignent que la présence de ces personnes ne nuise à l’image du pays ou ne crée un incident. Ils sont pour l’heure conduits dans des centres d’accueil temporaires hors de Yaoundé, à Mbalmayo ou à Obala. »
Cependant, les associations de défense des droits de l’homme crient à la « stigmatisation » et au « déni d’humanité ». Pour Me Christine Ngoa, avocate au barreau du Cameroun, cette mesure est « illégale et inhumaine ». « Ces personnes ne sont pas des délinquants. Elles sont malades et ont besoin de soins, pas d’être cachées comme une décoration qui déplaît. Où sont les juges? Où sont les mandats de dépôt? Leurs droits les plus fondamentaux sont bafoués. »
Du côté de l’archevêché de Yaoundé, la position est prudente. Sans condamner ouvertement l’opération, un proche du cardinal a indiqué que l’Église prône « l’accueil et la charité envers tous les enfants de Dieu, en particulier les plus fragiles ». La thématique de la visite pontificale étant centrée sur la paix et la réconciliation, ces méthodes de « cache-misère » apparaissent à plusieurs comme un contre-sens.
Sur les réseaux sociaux, la polémique enfle. Si certains internautes approuvent une mesure qu’ils jugent nécessaire pour la « propreté touristique » de la capitale, la majorité exprime sa honte. Un tweet résume le sentiment général : « Le Pape vient prêcher l’amour du prochain, et nous, on cache nos frères comme des ordures. Quelle hypocrisie #Yaounde #PapeLeonXIV ».
Contactées, les autorités municipales de Yaoundé et la délégation générale à la Sûreté nationale n’ont pas encore répondu à nos sollicitations. Reste à savoir ce qu’il adviendra de ces personnes après le départ du Saint-Père. L’histoire retiendra que, pendant que les cloches sonnaient pour le Pape, les plus vulnérables de Yaoundé étaient escortés hors de sa vue.
Par Georges Domo

