Guinée : disparition du professeur Maurice Togba Zogbélémou, une sommité du droit guinéen s’éteint
L’ancien ministre de la Justice, agrégé de droit et avocat de renom, est décédé ce lundi 15 juin 2026. De grandes voix du Barreau guinéen lui rendent un vibrant hommage, saluant la mémoire d’un universitaire rigoureux et d’un mentor pour des générations de juristes.
La nouvelle a frappé le monde judiciaire et universitaire guinéen comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. Le professeur Maurice Togba Zogbélémou, figure tutélaire du droit en Guinée, s’est éteint ce lundi 15 juin 2026. L’information, confirmée par ses proches collaborateurs, plonge la communauté juridique et politique dans une profonde tristesse.
Agrégé de droit, avocat au Barreau de Guinée, ancien ministre de la Justice, ancien député de la 9ᵉ législature… Les titres du défunt sont nombreux. Mais ils ne résument pas l’immense empreinte laissée par cet homme que tous décrivent comme un « monument » et un « repère ».
Un universitaire avant tout, un formateur d’élites
Parmi ceux qui l’ont connu et côtoyé, c’est une voix qui revient inlassablement : celle du professeur. L’ancien bâtonnier Mohamed Traoré, qui l’a longtemps fréquenté, ne dit pas autre chose. « À mon avis, c’est surtout l’universitaire qui prenait le dessus sur l’avocat », confie-t-il, la voix empreinte d’émotion.
Cette facette de Maurice Togba Zogbélémou, c’est celle d’un homme qui a passé sa vie à transmettre. Des générations entières de juristes guinéens ont été formées par ses soins. Il a dirigé d’innombrables travaux de recherche, encadré des thèses, et insufflé à ses étudiants le goût de l’exigence et de la rigueur intellectuelle. Pour beaucoup, il était plus qu’un professeur : un modèle.
« C’était véritablement un repère, une référence, quelqu’un qui a contribué à faire du Barreau une grande institution et qui a inspiré, et continue d’inspirer, beaucoup de jeunes avocats », a ajouté Me Traoré, soulignant l’impact durable de l’œuvre du disparu.
Un avocat courageux aux côtés des grands clients
Pourtant, réduire le professeur Zogbélémou à son seul travail universitaire serait injuste. L’ancien bâtonnier tient à le rappeler : l’homme était aussi un avocat redoutable. « Évidemment, c’est une question d’habitude, mais cela n’enlève absolument rien à sa carrière d’avocat, au cours de laquelle il a été aux côtés de nombreux grands clients, dont il a défendu les dossiers avec beaucoup de professionnalisme et de courage, notamment dans des affaires parfois très techniques », a-t-il souligné.
Cette double compétence – l’universitaire et le praticien – faisait sa force. Il maniait aussi bien la doctrine juridique la plus subtile que la plaidoirie ardente. Un allié précieux pour ses clients, un adversaire redouté à la barre.
« Vous étiez pour nous un père, un guide et un mentor »
L’émotion est également vive chez Maître Pépé Antoine Lamah, qui a tenu à lui rendre un hommage personnel, teinté d’une infinie reconnaissance. « Vous étiez pour nous un père, un guide et un mentor », a-t-il écrit, résumant en quelques mots la relation quasi filiale que le professeur entretenait avec ses cadets.
Pour Me Lamah, l’héritage est avant tout celui de l’élévation. « Vous avez formé, encadré et orienté vos fils vers l’excellence », a-t-il poursuivi. C’est peut-être là le plus bel hommage : celui d’un homme qui ne cherchait pas la lumière pour lui-même, mais qui s’évertuait à éclairer celle des autres.
« Votre enseignement, votre rigueur intellectuelle et vos précieux conseils demeureront à jamais gravés dans nos mémoires », a conclu Me Lamah, donnant la mesure du vide laissé par cette disparition.
Une perte pour toute la Guinée
Ancien ministre de la Justice, l’homme a marqué de son passage la vie politique du pays. Mais c’est bien au-delà de la politique que le professeur Maurice Togba Zogbélémou laisse un vide immense.
Il était une mémoire vivante du droit guinéen, un conseiller écouté, un esprit libre et rigoureux. Sa disparition, ce lundi 15 juin, prive la Guinée d’une de ses consciences juridiques les plus brillantes.
La rédaction présente ses sincères condoléances à la famille éplorée, à ses proches, ainsi qu’à toute la communauté des juristes et des universitaires guinéens.
Par Frédéric Konaté

