Kenya : grève des transports et manifestations contre la hausse des prix des carburants, Nairobi paralysée

Le Kenya vit depuis ce lundi 18 mai une journée de forte tension sociale. À l’appel de l’Alliance des Transports, une grève des transports publics a été lancée pour protester contre la nouvelle augmentation des prix des carburants décidée par le gouvernement jeudi dernier. La mesure la plus contestée est une hausse de 23,5 % du prix du diesel, qui a mis le feu aux poudres.

Dans la capitale Nairobi, la circulation est fortement perturbée. Des barricades ont été dressées, des pneus brûlent sur les axes routiers et des affrontements sporadiques opposent manifestants et forces de l’ordre.

Nairobi sous tension : barricades et affrontements

Dès les premières heures de la matinée, des manifestants ont bloqué plusieurs artères principales de la capitale kényane. À l’aide de branchages, de pierres et de pneus enflammés, ils ont coupé la circulation pour exprimer leur colère. Des slogans hostiles au président William Ruto ont été scandés par une foule nombreuse, témoignant d’un mécontentement qui dépasse le seul cadre des transports.

Les forces de l’ordre sont intervenues à plusieurs reprises pour dégager les axes et disperser les rassemblements. Des affrontements sporadiques ont éclaté, et plusieurs manifestants ont été interpellés et emmenés par la police.

Les « matatu » à l’arrêt, des milliers de travailleurs bloqués

Le mouvement est porté par les conducteurs de « matatu » , ces minibus privés qui assurent l’essentiel du transport public au Kenya. Leur grève a paralysé les déplacements quotidiens de milliers de Nairobis qui dépendent de ces véhicules pour se rendre à leur travail.

Face à cette paralysie et aux tensions ambiantes, plusieurs écoles de Nairobi ont annoncé leur fermeture pour la journée. Les parents, nombreux à ne pouvoir rejoindre leurs lieux de travail ou à devoir garder leurs enfants, subissent de plein fouet les conséquences de ce mouvement social.

Une hausse de 23,5 % du diesel qui passe mal

Jeudi dernier, le gouvernement kényan a annoncé une augmentation spectaculaire du prix du diesel : +23,5 %. Une décision justifiée par la flambée des cours mondiaux du pétrole, mais vécue comme une injustice par une population déjà éprouvée par la cherté de la vie.

Les professionnels des transports dénoncent une mesure qui les met en péril : « Avec un tel prix du diesel, on roule à perte. Nos familles ne peuvent plus manger », confie un conducteur de matatu croisé près d’un barrage routier.

Le blocage du détroit d’Ormuz en toile de fond

Très dépendant des importations de pétrole du Golfe, le Kenya subit de plein fouet les conséquences géopolitiques du blocage du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures. La tension dans cette zone sensible perturbe les approvisionnements et fait grimper les prix à l’échelle internationale.

Les autorités kényanes assurent avoir mobilisé d’importants moyens financiers pour limiter l’impact de la hausse des cours sur les consommateurs. Mais ces mesures apparaissent insuffisantes aux yeux des manifestants, qui réclament un retrait pur et simple de l’augmentation.

Un précédent inquiétant : la suspension des normes qualité

En avril dernier, le gouvernement avait déjà pris une mesure exceptionnelle en suspendant certaines normes de qualité des carburants afin d’éviter des pénuries d’approvisionnement. Une décision qui avait alors inquiété les défenseurs de l’environnement et les professionnels du secteur, mais qui était présentée comme temporaire et nécessaire.

Aujourd’hui, avec cette nouvelle hausse des prix, le climat social s’est considérablement dégradé.

Vers une prolongation du mouvement ?

Si aucun accord n’est trouvé dans les prochaines heures entre le gouvernement et les représentants des transporteurs, le mouvement de grève pourrait se poursuivre jusqu’à vendredi prochain. Une perspective redoutée par les commerçants, les travailleurs et les parents d’élèves, déjà durement touchés par cette première journée de paralysie.

Par Rodrigue Izumo

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