Mali : Chahana Takiou, otage de la dictature judiciaire d’Assimi Goïta

 

Le 29 juin 2026, dans le prétoire du pôle anti-cybercriminalité de Bamako, la mascarade judiciaire a atteint son paroxysme. Devant des juges qui n’ont de magistrats que le nom, Chahana Takiou, directeur du journal 22 Septembre, diabétique et cardiaque, a dû supplier pour obtenir sa liberté provisoire. Le procureur Adama Coulibaly, serviteur zélé d’un régime qui n’a plus rien d’une transition, a opposé un « risque de fuite » – comme si cet homme de 58 ans, greffé, malade et père de famille, allait s’enfuir à travers le désert plutôt que de défendre son honneur devant une justice qu’il a simplement eu le courage de critiquer.

La liberté de la presse assassinée au nom de la « cybercriminalité »

Que reproche-t-on à ce journaliste ? D’avoir dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas : que le pôle anti-cybercriminalité est devenu une arme politique, une machine à broyer les opposants sous couvert de répression numérique. Son crime ? Avoir rappelé en public que la justice malienne, censée protéger les citoyens, est devenue le bourreau de ceux qui osent l’interpeller. En 2026, au Mali, dire « la justice est partiale » vous vaut la prison ferme. Bienvenue dans une dictature décomplexée qui a troqué le fusil pour le code pénal.

Six ans de transition, six ans de terreur médiatique

Que reste-t-il de la liberté de la presse au Mali ? Un souvenir lointain, un mythe que les colonels Goïta, Maïga et leurs acolytes s’emploient méthodiquement à éradiquer. RFI et France 24 chassées du territoire, TF1 et LCI suspendues, les émissions de libre-antenne réduites au silence, et désormais les journalistes directement jetés en prison. Le Mali a chuté de 22 places au classement de Reporters sans frontières. Mais que pèsent ces chiffres face à la souffrance de Chahana Takiou, enfermé dans une cellule alors que son cœur menacé réclame des soins ?

La Maison de la presse : une opposition timorée

Où sont les grandes mobilisations ? Où est la rue ? La Maison de la presse, dirigée par Bandiougou Danté, proche du pouvoir, assiste à l’audience, se tait, et promet des « démarches dignes ». Des démarches dignes face à un régime qui piétine la dignité humaine ! Pendant ce temps, les confrères de Chahana Takiou préfèrent baisser la tête, de peur de subir le même sort. C’est tout le malien, la presse, qui est mort de peur, et une profession qui se rend complice de sa propre disparition en acceptant les chaînes qu’on lui tend.

Une justice aux ordres du pouvoir militaire

Le procureur Coulibaly n’a pas eu le moindre mot pour la santé défaillante du prévenu. Il n’a vu qu’un « risque de fuite ». Fallait-il vraiment s’attendre à mieux de la part d’un parquet qui transforme une critique institutionnelle en « atteinte au crédit de l’État » ? N’est-ce pas plutôt l’État qui s’atteint lui-même en réduisant au silence celui qui l’avertit de ses dérives ? Ce régime, qui se targue de lutter contre la corruption et l’insécurité, est en réalité le premier fossoyeur des valeurs qu’il prétend défendre.

Le verdict du 6 juillet, symbole d’une nation bâillonnée

Le tribunal rendra sa décision le 6 juillet. Que décidera-t-il ? Libérera-t-il ce journaliste malade pour sauver les apparences, ou le maintiendra-t-il en prison pour envoyer un message clair à toute la profession : « Vous êtes nos sujets, taisez-vous et obéissez » ? Une chose est sûre : si Chahana Takiou reste en détention, le Mali aura définitivement franchi le Rubicon. Ce ne sera plus un pays en transition, mais une dictature militaire qui aura achevé de bâillonner son peuple.

À quand la prochaine arrestation ? Lequel de nos confrères sera le prochain otage de ce régime qui se prétend « patriote » mais qui n’a de patriotique que les oripeaux militaires ? La France, les États-Unis, l’Union européenne – tous ces pays qui parlent d’État de droit – regardent ailleurs pendant que le Mali sombre. La démocratie n’a pas de prix, mais au Mali, elle a un coût : celui de la liberté, du sang, de la vie de ses enfants les plus courageux. Chahana Takiou est l’un d’eux. Et nous, nous ne l’oublierons pas.

Par Cherif Keita 

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