Tchad : Me Vétada Vounsia Atchenemou, du prétoire à l’amphithéâtre, une avocate qui ne lâche rien

 

Elles sont rares au Tchad. Ces femmes qui cumulent robe d’avocate et chaire d’université, tout en gardant les pieds sur terre et le cœur du côté des vulnérables. Me Vétada Vounsia Atchenemou fait partie de cette espèce en voie de disparition : une combattante discrète, au parcours hors norme, qui refuse de baisser les bras, même quand la route est cabossée.

Un cursus taillé sur mesure pour l’excellence

Tout commence en 2004. Au lycée, elle décroche un bac A4 (série littéraire) avant de bifurquer vers le droit, par passion pour la justice et l’ordre social. Direction le Maroc pour une licence en droit privé fondamental. Puis le Cameroun, à l’Université de Yaoundé II-Soa, où elle obtient un Master en droit privé fondamental entre 2008 et 2010.

Mais Me Vounsia ne s’arrête pas là. Elle traverse l’océan Indien pour l’Inde, où elle soutient un PhD en droit des affaires en 2013. Une thèse qui lui offre une vision globale des enjeux économiques et juridiques, bien loin des clichés sur l’avocat de province.

De retour au Tchad en 2014, elle intègre dès 2015 l’Université des Sciences Juridiques et Politiques de N’Djaména comme enseignante contractuelle. Depuis dix ans, elle y forme des générations d’étudiants, avec un credo : « Ne jamais baisser les bras, même quand c’est difficile, surtout pour une femme. »

La robe, une évidence

Parallèlement à l’enseignement, elle rejoint un cabinet d’avocats. Après plusieurs années de stage, elle réussit l’examen de sortie et est inscrite au tableau de l’Ordre des avocats du Tchad le 9 août 2019. Un an plus tard, en pleine crise sanitaire, elle ouvre son propre cabinet.

Un pari osé, mais payant. Aujourd’hui, elle défend des causes civiles, commerciales et familiales, avec une constante : ne jamais refuser un dossier sous prétexte que le client n’a pas les moyens.

Avocate, oui, mais pas que

Interrogée sur sa philosophie, elle l’assume sans détour :
« L’avocat, son rôle est de se faire de l’argent, c’est vrai. Mais on défend aussi des causes nobles : les veuves, les orphelins, les victimes de violences, les petits commerçants spoliés. »

C’est tout naturellement qu’elle a rejoint la Ligue tchadienne des droits des femmes, qui lui confie régulièrement des dossiers de vulnérabilité. Elle y apporte son expertise juridique, mais aussi sa sensibilité, sa disponibilité, et parfois même sa plume pour rédiger des articles de presse destinés à alerter l’opinion.

Des dossiers sensibles qui marquent une vie

Derrière le CV impressionnant se cache un parcours jalonné de combats douloureux, parfois désespérés, toujours menés avec une humanité rare.

Le dossier Ngarial Wongoto Modeste : un combat jusqu’au bout

Parmi tous les dossiers qui ont jalonné sa carrière, celui de Ngarial Wongoto Modeste reste gravé dans sa mémoire comme une plaie vive. Arrêté et détenu dans une prison secrète de la DGRM (Direction Générale des Renseignements Militaires), Modeste – prisonnier de guerre et combattant du FACT (Front pour l’alternance et la concorde au Tchad), ancien dirigeant politique inséré était privé de tout, y compris de soins. Me Vounsia s’est battue sans relâche pour obtenir son transfert à l’Hôpital central de N’Djaména, afin qu’il puisse bénéficier de soins appropriés.

Elle est restée à ses côtés durant son hospitalisation, veillant sur lui comme sur un membre de sa famille, tout en recherchant désespérément ses proches pour qu’ils puissent l’assister. Mais en vain.

Puis la mort est venue. Ngarial Wongoto Modeste n’a pas survécu. Mais Me Vounsia n’a pas abandonné. Elle a adressé une demande formelle au procureur pour que le corps soit restitué à sa famille, afin qu’il puisse être inhumé dignement par les siens. Un combat de chaque instant, de la détention secrète jusqu’à la sépulture.

405 prisonniers du FACT : un combat collectif

Au-delà du cas de Modeste, Me Vounsia a défendu pas moins de 405 prisonniers du FACT, pour lesquels elle s’est mobilisée sans compter. Des hommes enfermés dans l’ombre des geôles militaires, privés de leurs droits les plus élémentaires, qu’elle a sortis de l’oubli en s’assurant que leurs dossiers soient enfin enrôlés devant la justice. Un travail de fourmi, mené dans un silence quasi total, mais qui a permis à des centaines de familles de retrouver l’espoir.

Des dizaines de détenus des Renseignements généraux

Ce combat pour les prisonniers politiques ne s’arrête pas aux seuls combattants du FACT. Me Vounsia a également défendu une vingtaine de détenus des Renseignements généraux, pour lesquels elle s’est mobilisée avec la même énergie, afin que leurs dossiers soient enfin instruits par la justice.

Son engagement ne s’arrête pas aux affaires de droit commun. Me Vounsia a aussi plaidé dans plusieurs dossiers à caractère politique, notamment ceux du Parti réformiste de M. Sakine, du GCAP (Groupe de Concertations des Acteurs Politiques), ainsi que bien d’autres. Des dossiers explosifs, où la pression est forte, où l’avocat devient parfois la cible. Elle n’a jamais reculé.

Des anonymes, des oubliés, des sans-voix

Au-delà des dossiers politiques et des prisonniers de guerre, Me Vounsia a porté la parole de nombreuses autres personnes. Des anonymes, des oubliés, des sans-voix. Des pères de famille, des mères, des jeunes dont le seul tort était d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Elle a défendu leurs causes avec la même détermination, parfois contre des institutions puissantes, toujours avec la même humanité. Une foule de destins cabossés qu’elle a aidés à se redresser, un dossier à la fois.

Le droit commun, un combat quotidien

Quant aux dossiers de droit commun, ils sont tout aussi nombreux. Affaires familiales, litiges commerciaux, contentieux divers… Me Vounsia les traite tous avec le même sérieux, la même rigueur, et toujours cette fibre sociale qui la caractérise.

Un double projet d’avenir

Me Vétada Vounsia Atchenemou ne compte pas ralentir. Elle nourrit deux ambitions :

1. Continuer à enseigner pour inspirer les jeunes, leur montrer qu’une femme peut exceller dans un métier d’hommes, allier rigueur académique et pratique judiciaire, et garder l’humilité de tendre la main.
2. Développer son cabinet, tout en maintenant une politique d’assistance juridique accessible aux plus démunis. Un modèle économique hybride, où le pro bono côtoie le conseil aux entreprises.

Un modèle pour la nouvelle génération

Au-delà des diplômes et des titres, ce qui frappe chez Me Vounsia, c’est une constance dans l’engagement. Elle ne se contente pas de dire, elle fait. Elle ne se limite pas à plaider, elle explique. Elle ne juge pas, elle défend.

Dans un pays où l’accès au droit reste un luxe pour beaucoup, des avocates comme elle sont des piliers silencieux de l’État de droit. Elles méritent qu’on les connaisse, qu’on les lise, et qu’on s’en inspire.

« Je ne lâche rien. Pas tant qu’il y aura une injustice, un détenu oublié, une veuve sans défense. C’est ma raison d’être. » Me Vétada Vounsia Atchenemou

Par Kenzo Brown 

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