Tchad : Procès des massacres de Sandana : tensions vives, plaidoiries tranchantes et réquisitions sans concession

Le deuxième jour du procès consacré aux massacres de Sandana a été marqué par des échanges d’une rare intensité entre les différentes parties. Entre réquisitions implacables du parquet, plaidoiries offensives des avocats des victimes et contestation vigoureuse de la défense, l’audience de ce samedi 22 novembre a plongé la salle dans une atmosphère lourde, presque électrique.

Le parquet requiert la perpétuité et Koro Toro

Le moment fort de la journée est intervenu lorsque le procureur général, Mathias Daoudongar, a dressé un tableau sombre des faits, qualifiant les événements de Sandana de « crimes d’une ampleur et d’une cruauté exceptionnelles ».
Face à ce qu’il a appelé « un dossier accablant », il a requis :

  • La réclusion criminelle à perpétuité pour Mahamat Chahid, alias Garam ;
  • L’absence totale de circonstances atténuantes ;
  • Son transfèrement immédiat à la prison de haute sécurité de Koro Toro.

Selon lui, les charges d’assassinats, tentatives d’assassinat et association de malfaiteurs à caractère terroriste sont pleinement établies.

Les parties civiles réclament 3 milliards FCFA

Du côté des familles des victimes, représentées par le collectif d’avocats mené par Me Midaye Guerimbaye, la journée a été celle d’une plaidoirie incisive et douloureusement chargée.

« Messieurs les juges, le nommé Garam est le cerveau, l’exécutant et le bénéficiaire de ce massacre », a déclaré d’emblée l’avocat.
Il a rappelé que plusieurs témoins oculaires ont formellement reconnu l’accusé parmi les assaillants.

Il a, en outre, dénoncé une protection supposée dont aurait bénéficié Garam :
« D’où un simple éleveur trouve-t-il des armes de guerre et des munitions en quantité pour commettre un tel carnage ? Il existe des complicités, des responsabilités plus hautes. Et l’État, par ses silences, porte une part de cette responsabilité », a-t-il lancé.

Les parties civiles exigent 3 milliards de francs CFA au titre de dommages et intérêts pour les ayants droit des victimes.

La défense dénonce une “justice ethnique” et soulève un vide juridique

Face à ces accusations, l’avocat commis d’office pour l’accusé, Me Nodjiasdé Marius, a tenté de démonter la procédure, s’appuyant sur un point juridique majeur :
Selon lui, Garam n’a jamais été formellement renvoyé devant la cour criminelle par une décision de mise en accusation.

« On requiert la perpétuité contre un homme qui, juridiquement, n’est pas accusé devant vous. Il n’existe aucun arrêt de renvoi. En droit pénal, la Cour ne peut condamner quelqu’un qui n’a pas été régulièrement traduit devant elle », a-t-il martelé.

L’avocat a également dénoncé ce qu’il considère comme une stigmatisation autour de son client, parlant d’une « justice ethnique » construite, selon lui, sur des préjugés et non sur des preuves.

Un nouveau prévenu appelé à la barre

Alors que la journée touchait à sa fin, un rebondissement est survenu.
Le président du tribunal a fait comparaître un nouveau prévenu, Djatarap Moussa, présenté comme le “complice direct” de Garam. Il est poursuivi pour les mêmes charges dans le dossier baptisé Sandana 2.

La prochaine audience s’annonce déjà déterminante, tant pour la suite des débats que pour la compréhension globale de ce dossier complexe et hautement sensible.

Par Mbaikoula Philippe 

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