Afrique :« Briser le silence virtuel : récits d’Africaines harcelées en ligne »

 

Le cyberespace, longtemps perçu comme un terrain d’opportunités et de liberté, est aussi devenu un champ de bataille invisible où se joue une guerre silencieuse. À travers le documentaire coup de poing « #Harcèlement 2.0 : Résilience des Africaines Connectées », la sociologue, réalisatrice et autrice tchadienne Aché Ahmat Moustapha brise le silence sur un fléau encore trop peu dénoncé : le cyberharcèlement qui frappe de plein fouet les femmes africaines, aussi bien sur le continent que dans la diaspora.

Fausse sextape, annonces de décès, menaces anonymes… les témoignages recueillis dans ce film révèlent une violence insidieuse et dévastatrice. Pourtant, ce n’est pas la peur qui domine l’écran, mais la résilience. Les femmes qui y prennent la parole refusent de se taire et font front. En filigrane, se dessine un cri de guerre contre la honte et l’injustice.

Aché Ahmat Moustapha, elle-même victime de harcèlement numérique, incarne cette résistance. Dans une séquence poignante diffusée en ligne, elle s’adresse au public avec force et authenticité :

> « Nous avons décidé de briser le silence. Le cyberharcèlement est une réalité. Voici nos histoires. »

Le documentaire analyse les spécificités du cyberharcèlement en Afrique, où traditions, patriarcat, tabous religieux, stéréotypes sexistes et vide juridique rendent les femmes encore plus vulnérables. Un regard sans concession est porté sur le rôle des plateformes, la culture de l’impunité et l’absence de protection légale.

Mais le film ne s’arrête pas au constat. Il met aussi en lumière les réponses, les campagnes de sensibilisation, les plaidoyers et les stratégies individuelles et collectives mises en place par ces femmes pour reprendre le contrôle. Elles ne sont pas de simples victimes, mais des actrices du changement, debout, fières, et déterminées.

Aché Ahmat Moustapha, née le 16 juillet 1985 à N’Djaména, n’est pas une inconnue du monde culturel. Présidente de l’Association Tchadienne des Cultures Mixtes (ATCUM), fondatrice du Festival Tchadien de Courts-Métrages (Fetcoum) et du festival d’humour MBD, elle conjugue depuis des années sociologie, art et militantisme. Son roman Kalam Sutra, cri littéraire contre les violences faites aux femmes, a marqué les esprits. Elle fut également membre du Conseil Présidentiel pour l’Afrique (CPA), où elle a siégé de 2019 à 2021 en tant que chargée des thématiques culturelles, ce qui assoit sa stature sur la scène internationale.

Avec #Harcèlement 2.0, elle signe son grand retour au cinéma, et confirme son engagement indéfectible pour une société plus juste, plus sûre, et plus respectueuse des droits fondamentaux des femmes.

Prochainement à l’écran, ce film promet de marquer les consciences. Oserons-nous détourner le regard ?

Par Kenzo Brown 

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