Centrafrique : l’homme qui prétendait être « ressuscité » après 8 ans démasqué par la police , ce n’était qu’un sosie
Déclaré mort en 2018, Elkana Feinguendé n’est jamais revenu. L’imposteur, arrêté sur instruction du ministre de l’Intérieur, a avoué avoir été instrumentalisé en raison de sa ressemblance frappante avec le défunt.
L’affaire a tenu la Centrafrique en haleine pendant plusieurs jours. Un homme affirmait être Elkana Feinguendé, présumé mort il y a huit ans dans un accident de circulation, et racontait une histoire rocambolesque de « remplacement mystique par un chien » et de travaux forcés chez des ravisseurs surnaturels. Mais après son interpellation par la Police nationale, le masque est tombé : il ne s’agit que d’un sosie, instrumentalisé par des proches du défunt. Récit d’une mystification qui a failli troubler l’ordre public.
Une histoire qui défie la raison et enflamme la capitale
Tout commence il y a quelques jours, lorsque des vidéos et des témoignages commencent à circuler sur les réseaux sociaux et dans certains quartiers de Bangui. Un homme, le visage grave et la voix assurée, affirme être Elkana Feinguendé, un individu officiellement déclaré mort huit ans plus tôt dans un accident de circulation.
Son récit, digne d’un film fantastique, ne tarde pas à susciter la fascination et la controverse. Selon ses propres déclarations, le jour de son prétendu décès, il aurait été « mystiquement remplacé par un chien », avant d’être emmené de force par des ravisseurs surnaturels pour effectuer des travaux champêtres. Après plusieurs années de captivité dans l’au-delà ou dans une dimension parallèle selon ses dires il aurait finalement réussi à s’échapper et à revenir parmi les vivants.
Face à la stupéfaction générale, les réactions se divisent : entre ceux qui y croient, ceux qui se moquent, et ceux qui s’inquiètent du trouble à l’ordre public.
Le ministre de l’Intérieur saisit la police
L’affaire prend une ampleur telle qu’elle remonte jusqu’au sommet de l’État. Le Ministre de l’Intérieur chargé de la Sécurité publique, l’Inspecteur Général de 1er grade Bienvenu Zokoué, donne une instruction ferme : il faut tirer cette affaire au clair.
Il charge le Commandant des Forces d’Intervention des Corps Urbains (FICU), le Commissaire de Police Mardochée Ngatoua Sengho, de procéder à l’interpellation du concerné « pour nécessité d’enquête ». L’homme est arrêté sans difficulté et placé en garde à vue.
Devant la presse, l’imposteur craque
Présenté aux journalistes après son interpellation, l’individu, jusque-là si sûr de lui, change soudainement de version. Sous la pression des enquêteurs, il reconnaît finalement ne pas être Elkana Feinguendé.
Il déclare se nommer en réalité Dekongo Christopher, être originaire de Mobaye et se présenter comme le fils de Djouandjida Nicolas. Selon ses explications, cette mise en scène ne serait pas de son initiative. Il affirme avoir été instrumentalisé par des proches du défunt qui ont exploité sa forte ressemblance physique avec Elkana Feinguendé pour monter cette supercherie.
Penaud et visiblement soulagé d’avoir avoué, il a présenté ses excuses à « l’ensemble de la population centrafricaine » pour la confusion et le trouble causés.
Une enquête pour comprendre les véritables motivations
Pour autant, l’affaire ne s’arrête pas là. Le Commissaire Principal de Police Eric Dangala, Chef du Service de la Sûreté urbaine, a indiqué que les investigations se poursuivent. L’objectif est désormais de déterminer :
· Qui sont les commanditaires de cette mise en scène ?
· Quelles étaient les véritables motivations : gain financier, vengeance, manipulation politique, simple buzz ?
· Y a-t-il d’autres complices encore en liberté ?
« Cette affaire a fortement alimenté les débats au sein de l’opinion publique. Il est de notre devoir d’aller jusqu’au bout », a-t-il précisé.
La police appelle à la responsabilité
Dans un communiqué officiel, la Police nationale a tenu à rassurer la population tout en lançant un appel solennel :
· Appel au calme : ne pas céder à la panique ni aux interprétations mystiques.
· Appel à la responsabilité : éviter de relayer des informations non vérifiées sur les réseaux sociaux.
· Rappel des risques : la propagation de fausses informations peut « perturber la paix sociale et l’ordre public ».
Elkana Feinguendé reste bien mort
Huit ans après le décès présumé d’Elkana Feinguendé dans un accident de circulation, aucune résurrection miraculeuse n’a eu lieu. L’homme qui prétendait être le « ressuscité » n’était qu’un sosie, un imposteur désormais entre les mains de la justice.
L’affaire, qui mêle crédulité populaire, manipulation et mystification, illustre à quel point les réseaux sociaux peuvent amplifier une histoire invraisemblable. Pendant quelques jours, la Centrafrique a cru à un miracle. La police l’a ramenée à la raison.
Par Jérôme Wailifu

